1920, 2020 : les années de changement de siècle

Le décompte formel de nos siècles et de nos années à partir de la naissance de Jésus-Christ, bien que ce soit avec une erreur de plusieurs années (en principe nous devrions être actuellement en 2027), est un système de mesure de la course du temps comme un autre. Chaque 1er janvier, le monde fête l’année nouvelle et chaque 1er janvier d’un nouveau siècle dans l’ordre chronologique convenu est l’objet de célébrations particulières, de fantasmes aussi sur ce que sera le siècle qui s’ouvre.

Mais les véritables changements de siècles ne sont généralement pas là. Pas au moment symbolique que nous indique le décompte officiel. La vraie bascule se produit à l’occasion d’un événement majeur qui fait faire à la société internationale un saut qualitatif, la délie et la projette vers l’avenir.

1920

Au siècle précédent, cet événement porteur d’un monde nouveau fut la Grande Guerre de 1914-1918, engendrant un autre monde en 1920, à la suite des traités de paix de 1919.

Sur un mur de Babylone (Irak)-déclaration de Nabuchodonosor-écriture cunéiforme- Photo JP Pancracio

Ce fut tout à la fois l’installation de la Société des Nations (SDN), première tentative de l’humanité pour se structurer en société internationale et dont on célèbre cette année le centenaire. Elle a apporté beaucoup plus que ce que l’on imagine souvent par simplification, ne serait-ce que par l’expérience qu’elle aura permis d’acquérir dans la diplomatie multilatérale et la conception des futures organisations internationales. Ce fut la création de l’Organisation internationale du Travail (OIT), l’une de nos grandes institutions universelles actuelles. Ce fut la création de l’aéronautique internationale et avec elle, celle du droit de l’espace aérien ouvert. Ce fut la création de la Cour permanente de Justice internationale, première juridiction internationale statuant sur les différends entre États. Ce furent encore les premières nationalisations d’entreprises stratégiques, l’entrée des États européens dans le mode de l’État providence nécessité par les besoins de la reconstruction et l’intervention sociale (santé publique, pensions, etc.), l’entrée massive des femmes dans le monde du travail et les prémisses de leur libération… et tant d’autres choses. Bref, un nouveau siècle, là, vraiment, puisque rien n’avait changé en 1900-1901.

2020

Bon, voilà, nous y sommes. Un autre siècle commence, puisqu’en 2000-2001 rien n’a changé.

Je le concède, c’est peut-être encore un peu tôt pour l‘affirmer. Mais quelque chose me dit que…

Ce que j’appellerai l’événement-bascule pourrait bien être et il va certainement être la crise mondiale, sanitaire, économique, financière, politique engendrée par la pandémie du coronavirus Covid-19.

On avait feint d’oublier que la Chine, parce qu’elle s’était hissée en à peine quatre décennies au rang de deuxième puissance mondiale, était cette curieuse chose : un État développé en voie de développement dont les structures sociales, les modes d’hygiène et d’alimentation n’avaient pas suivi le rythme de son émergence économique. A force d’émissions de CO2, on voyageait à l’autre bout du monde pour un rien, voir une danse balinaise en Indonésie, fêter le nouvel an à Manhattan ou courir un marathon en Australie. Près d’un milliard de nos frères et sœurs souffraient de faim et de malnutrition, bien des jeunes filles étaient privées d’accès à l’enseignement secondaire et supérieur et des femmes, dans beaucoup de pays, maintenues dans un état de subordination à leur famille et leur mari. Les entreprises se délocalisaient au gré du déplacement géographique mondial des bas salaires. Des chefs d’État autoritaires animés par de rêves désuets d’empires tentaient de reconstituer un passé à jamais révolu. L’idée de souveraineté raisonnée était une sorte de gros mot. Le changement climatique planétaire lui-même ne parvenait pas à souder le monde en dépit de la puissance de son appel à la solidarité.

Alors que le monde, dans le contexte du « Petit-Grand-Méchant » Covid-19, au-delà de ses fermetures temporaires, prend un peu mieux conscience de sa fragilité et de sa commune destinée, 1920 pourrait bien être l’année-bascule vers le XXIe siècle.

Qu’on ne s’y trompe pas, ce propos est optimiste. L’humanité, encore si jeune sur sa planète déjà si vieille, est pleine de ressources. Il y a de la beauté à faire naître.

 

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