Les armes à feu détenues par des civils : un problème mondial

Les tueries répétitives qui se produisent aux Etats-Unis et les grandes manifestations de ces dernières semaines orientent assez naturellement le débat sur la possession généralisée d’armes à feu dans ce pays. Mais le problème a aussi une dimension mondiale qu’il est bon de faire remonter à la surface. A se focaliser sur les Etats-Unis, on a tendance à oublier qu’il s’agit là d’un problème, à dire vrai, planétaire.

Sculpture pour la paix devant le siège de l’Onu, New York

Tout d’abord, pour ce qui est de la situation aux Etats-Unis, tout se passe comme si ce pays ne parvenait pas à sortir du tréfonds de ses origines où la possession d’une arme personnelle était pour les pionniers une question de survie pour se défendre sur la fameuse Frontière intérieure. Il y a aussi cette étonnante loi du « stand-your-ground » qui autorise quiconque, dans une acception large de la notion de légitime défense, de faire usage de son arme pour défendre « son sol », c’est-à-dire sa propriété et ses biens contre tout intrus.

Mais si nous élargissons notre horizon, on constate que la situation mondiale n’est pas réjouissante. Il y a actuellement dans le monde, selon l’ONG Small Armes Survey, 850 millions de ces armes dites légères et de petit calibre (LPC), pour l’essentiel les armes de poing et tous types de fusils. Or elles sont détenues à 75% par des civils, soit 640 millions de personnes. 34% de ces civils sont américains. Le résultat : environ 500 000 personnes, aussi bien des civils – en majorité – que des militaires, meurent chaque année du fait de ces armes, dont plus de 20 000 civils aux Etats-Unis outre 705 000 blessés hospitalisés en dix ans de 2005 à 2014 dans le pays. En 2017, 500 homicides ont été commis par arme à feu en France sur un total de 825. Facteur de criminalité, d’homicides, d’extension de la durée des conflits et d’instabilité post-conflit dans les Etats en crise, les armes LPC sont aussi un facteur retardant du développement.

Dans la déclaration du Millénaire, adoptée le 13 septembre 2000 par l’Assemblée générale de l’ONU, les Etats avaient accepté « de prendre des mesures concertées pour mettre fin au trafic d’armes légères ». On a ainsi abouti à l’adoption du Programme d’action des Nations unies sur les armes légères (PoA) en vue de mettre fin à leur commerce illicite en exigeant des Etats d’en contrôler tout le processus : fabrication, vente, circulation. Ce texte, doté d’une force juridique contraignante, place chaque Etat face à ses responsabilités pour adapter sa législation et ses capacités de contrôle. Il reste que la vente légale de ces armes reste très importante dans le monde, donc la possession individuelle par des civils également. Et des quantités considérables sont livrées sur des théâtres d’opération (Lybie, Irak, Syrie, Yémen…).

A ce dispositif est venu s’ajouter le traité sur le commerce des armes classiques adopté à l’ONU le 2 avril 2013, en vigueur depuis le 24 décembre 2014 :  93 Etats engagés à ce jour. Il concerne toutes les formes d’armements dits classiques, dont les armes LPC (article 2-h), mais les plus gros producteurs – Etats-Unis, Chine, Russie, Inde entre autres – ne l’ont pas ratifié. L’enjeu économique et la pression des lobbies n’y sont pas étrangers.

Au regard de la détention de ces armes par des civils, l’enjeu de sécurité à l’échelle mondiale est donc plus présent que jamais. Pour un Etat, laisser ce type d’armes se répandre dans sa population, même légalement par la simple facilité de leur achat, est inadmissible. Ce pourrait bien être le problème de désarmement le plus urgent.

 

 

 

 

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