Arrêtons de tirer sur le Qatar

C’est curieux ce focus critique que font certains auteurs, la plupart du temps journalistes, sur le Qatar et beaucoup plus rarement sur l’Arabie saoudite ou ses alliés des Émirats arabes unis (EAU). Comme si le premier était censé faire planer sur la France de noires menaces tandis que les seconds apparaîtraient a contrario dans la blancheur de l’innocence.

 Aucun pays n’est parfait mais faut-il que le Qatar ait tant de défauts aux yeux de certains influenceurs qu’ils en fassent depuis quelques années leur cible privilégiée. Il est cependant clair qu’ils font ainsi, consciemment ou inconsciemment, le jeu de l’Arabie saoudite et de ses alliés émiratis mais aussi des stratèges américains aux yeux desquels le Qatar a le grand tort d’être indépendant et de ne pas s’aligner sur leurs obsessions anti-iraniennes et antirusses. Et par-dessus tout cela, la Qatar aurait encore l’audace inconcevable pour eux d’organiser des événement sportifs de grande ampleur comme la coupe du monde de Football.

Expo d’un artiste Qatari, université Rennes 2- 2020

Ensuite ce petit pays par l’espace (11 651 km2) et la population (2,7 millions d’habitants) mais grand par son influence et son intelligence politique s’attire la jalousie de ses voisins du fait de sa prospérité économique, de son ouverture au monde et du dynamisme de son soft power dont le sport, la culture, le mécénat sont les fers de lance. Ajoutons qu’en matière de politique intérieure, tout spécialement sur le plan des libertés publiques et du statut de la femme, le Qatar est objectivement beaucoup plus avancé que ses voisins qui ne peuvent que pâlir de la comparaison.

Toujours est-il que ce serait non seulement une vision erronée de la réalité mais aussi une grave erreur d’occulter ce que la France retire de positif de cette relation avec l’émirat. Les liens, il est vrai, se sont considérablement resserrés entre les deux pays au cours des deux dernières décennies, pour autant rien n’autorise à dire que ce fut jusqu’à présent une mauvaise chose.

En France, la présence qatarie se manifeste d’abord par des investissements économiques intelligents qui s’inscrivent dans une stratégie de long terme. Il s’agit pour l’émirat de se constituer une rente future dans la perspective, même si elle est encore lointaine, d’un épuisement des ressources naturelles qui font sa richesse actuelle – pétrole et surtout gaz naturel offshore – voire d’une diminution substantielle de la demande mondiale en énergies fossiles au cours des prochaines décennies.

Ces investissements, qui ne sont donc pas réalisés dans un but spéculatif sont d’autant plus utiles à la France. Elle les a même parfois sollicités, par exemple sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Ils ont notamment permis à notre pays de maintenir à flot des établissements qui auraient pu disparaître sans cela. Ils ont aussi permis de renforcer le capital de groupes industriels et commerciaux qui auraient été, sans cet apport, la proie de prédateurs étrangers moins bien intentionnés. Le groupe Lagardère dans lequel le Qatar, premier actionnaire, détient 13% du capital social, en est l’exemple le plus symptomatique à l’heure actuelle. Cette présence Qatari sera probablement d’autant plus appréciée et indispensable dans le contexte de la reconstruction du tissu économique de la France après l’épisode ravageur de la pandémie du coronavirus et d’une probable agressivité accrue de fonds activistes étrangers.

Autre illustration d’une présence bienvenue du Qatar dans notre pays à la fois en termes d’investissements financiers et de développement d’une visibilité mondiale conjuguée des deux pays dans le secteur concerné, notamment par le biais des droits de télévision : l’achat par le Qatar du club Paris-Saint-Germain, en Ligue 1 de football.

Nous aurons l’occasion dans d’autres articles de revenir sur la réalité des liens entre nos deux pays… et de rétablir quelques vérités.

 

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