Brasil, Brasil… meu amor

Pour répondre aux critiques de chefs d’Etat et de gouvernement (E. Macron, A. Merkel, entre autres) ainsi que du Secrétaire général de l’Onu, inquiets des ravages écologiques engendrés par sa politique du laisser-faire en Amazonie, le président Jair Bolsonaro n’a pas trouver de meilleur argument que de répondre « l’Amazonie est au Brésil, pas à vous ! » (rencontre avec la presse étrangère, le 19 juillet 2019) ou encore de taxer de colonialisme le président français.

Mais ne serait-ce pas M. Bolsonaro l’archéo-colonial ? Lui qui ramène le Brésil aux temps violents de la colonisation du territoire, aux profondeurs de son histoire agraire et des excès de la formation des grands domaines ? La souveraineté derrière laquelle il se retranche pour dénier au reste du monde tout droit de regard sur ce poumon vert du Globe, son extraordinaire diversité biologique, ses peuples autochtones menacés, n’a jamais revêtu en droit international un caractère absolu. Elle n’a jamais été une prérogative accordée à l’Etat sans qu’il y ait de contrepartie. Et des contreparties, il y en a au moins deux :

D’une part, le respect par l’Etat de ses engagements internationaux (par exemple, tiens, la convention de Rio de Janeiro sur la biodiversité de 1992) ;

Mais aussi, et de façon plus globale, l’obligation générale et coutumière de s’interdire de développer ou de laisser faire sur son territoire des activités susceptibles de générer, au-delà des frontières, des nuisances affectant d’autres Etats et leur population. Avec ce qui se passe actuellement en Amazonie, c’est bien plus que le voisinage, le monde entier, me semble-t-il, qui est concerné.

Compte tenu de ce que l’on sait aujourd’hui du changement climatique planétaire en cours ; des données objectives dont nous disposons qui en attestent non seulement la réalité mais aussi l’accélération, il ne peut plus y avoir de souveraineté viable – autant d’un point de vue interne qu’international – qui ne prenne en compte les impératifs environnementaux globaux. Chacune des souverainetés dans le monde actuel porte une part de l’avenir de la planète et de l’humanité. Dès lors des « Brésil d’abord » ou des « Amérique d’abord » sont des absurdités anachroniques, des régressions potentiellement criminelles.

La souveraineté d’aujourd’hui doit s’inscrire dans une démarche permanente de précaution écologique dans la prise de décision unilatérale et sur l’autre versant de la question, dans une démarche positive d’initiative écologique.

Monsieur le Président, tous les pays du monde ont un intérêt vital à ce que vous preniez grand soin de l’Amazonie. La France, pour sa part, s’y efforce dans on département d’outre-mer de Guyane, en luttant notamment mais pas seulement, contre l’orpaillage clandestin. Tous les pays du monde ont un intérêt vital à ce que les Etats équatoriaux dans leur ensemble veillent, au nom de l’humanité et de Gaia (si je puis me permettre de personnaliser ainsi notre Terre), à préserver la grande ceinture verte du Globe, dont l’Amazonie est une composante majeure. Au même titre que ce qui se passe sur l’océan mondial, nous avons sur elle, ne vous en déplaise, ce que j’appellerai un droit de regard écologique.

 

 

 

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