Cuba et les Etats-Unis. Période 1

Les relations entre la grande île des Caraïbes et les Etats-Unis c’est une siècle et demi de tumulte. La récente reprise des relations diplomatiques entre les deux pays sous la présidence Obama et le pas en arrière que vient de faire le président Trump ce 16 juin 2017, montrent combien un retour à des relations confiantes et apaisée est difficile et prendra du temps. Nous leurs consacrerons trois articles successifs.

Le XXe siècle, a vu s’établir entre les Etats-Unis et la République de Cuba des relations étroites et ambiguës. Elles ont fait de l’île une sorte de protectorat américain, avant que la révolution castriste victorieuse en 1959, ne les fasse entrer dans une très longue phase conflictuelle.

La tentative des Etats-Unis d’acheter l’île à l’Espagne

Ce fut d’abord une histoire de libération nationale pour Cuba et de semi-colonisation de la part des Etats-Unis.

En 1867, les Etats-Unis achètent l’Alaska à la Russie pour la somme de 7,2 millions de dollars. La même année, les Etats-Unis s’intéressent aussi de très près à Cuba qu’ils considèrent comme une extension naturelle de la Floride, en contiguïté immédiate de la péninsule. La Floride avait déjà été achetée à l’Espagne, qui s’en désintéressait, en 1819. Les Etats-Unis pensent renouveler l’opération pour Cuba. Une proposition d’achat est présentée à l’Espagne. Mais cette fois la proposition est rejetée ! Ce n’est que partie remise.

L’intervention et l’installation américaines

Les Américains reviennent en 1898, en libérateurs, aider Cuba à conquérir son indépendance… et, pour ainsi dire, s’y installent.

Le futur président des Etats-Unis, Théodore Roosevelt, s’y rend célèbre durant cette Splendid Little War, en montant victorieusement à l’assaut de la colline de San Juan. Lui, l’historien de la conquête de l’Ouest (The Winning of the West, en 4 tomes), l’auteur du « Corollaire de la doctrine Monroe » fondant le principe des interventions à vocation civilisatrice des Etats-Unis, sera un peu plus tard le premier président à impliquer son pays dans la vie internationale universelle.

Si l’on excepte l’opération commando des Marines (dont le corps vient d’être créé par Tomas Jefferson) contre les pirates barbaresques en Méditerranée aux premières années du XIXe siècle, c’est historiquement la première sortie de l’armée américaine de son territoire.

Cuba. Photo Eric Vernier. Flag colours. 2004. Flickr-Photopin

La mainmise américaine sur l’économie de l’île

Les Etats-Unis prennent possession de l’agriculture de l’île, dont 40% des terres cultivables passent aux mains de propriétaires américains, dont le trust bananier United Fruit Company (UFC). Ces planteurs produisent essentiellement de la canne à sucre, dont l’unique débouché commercial est le marché des Etats-Unis (90% de la production totale de l’île). De la même façon, la production de pétrole y est aux mains de compagnies américaines.

Le traité de Paris et l’indépendance

C’est le traité de Paris, signé entre les Etats-Unis et l’Espagne le 10 décembre 1898, qui donne son indépendance à l’île, alors même que les insurgés cubains sont absents des négociations. L’indépendance acquise, ces derniers convoquent une convention qui adopte une constitution de type présidentiel et donne naissance en 1901 à la République de Cuba.

Mais les Etats-Unis, dont l’armée est toujours présente sur place, n’entendent pas quitter l’île sans de puissantes garanties leur assurant la mainmise sur son économie et ses relations extérieures. C’est déjà l’époque où la réalisation du canal de Panama, commencée mais abandonnée par les Français, se fait de plus en plus pressante dans les esprits. Or du point de vue stratégique américain, dans l’optique notamment de l’amiral Mahan, Cuba, avec l’île de Porto Rico libérée et… occupée la même année, en seraient les verrous naturels.

L’amendement Platt

A peine adoptée, la nouvelle constitution cubaine se voit imposée par le Congrès des Etats Etats-Unis le fameux amendement Platt (sénateur du Connecticut) aux termes duquel les Etats-Unis se réservent un droit permanent d’intervention militaire en cas de troubles, une présence militaire permanente par la concession de deux bases navales dont celle de Guantanamo et en matière de politique extérieure, l’accord préalable du Congrès des Etats-Unis avant la signature par Cuba de tout traité avec une puissance étrangère. Tous les éléments d’un protectorat, au sens juridique du terme, sont ici réunis.

Traité de bon voisinage et concession de Guantanamo

De fait, le grand voisin, qui évacue ses troupes en 1902, intervient ensuite à plusieurs reprises sur l’île, prolongeant parfois l’intervention en occupation militaire durant plusieurs années comme ce fut le cas entre 1906 et 1912, puis de 1917 à 1919. Les Etats-Unis délaissent leur droit d’intervention en 1934 en abrogeant l’amendement Platt, en lien avec la signature d’un traité de bon voisinage incluant la prorogation de la concession de la base de Guantanamo pour 99 ans.

(à suivre : périodes 2 et 3).

 

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