En diplomatie, chassez les superlatifs

A propos de certaines rencontres internationales qui font l’actualité.

Les superlatifs sont toujours source de difficultés en diplomatie. On peut légitimement se montrer satisfait d’une rencontre et d’une négociation que l’on estime avoir menées à bon terme, mais sans pour autant devoir faire faire assaut d’un enthousiasme débridé ou à l’inverse, de propos humiliants envers l’autre partie.

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On ne peut jamais être sûr de ce que les interlocuteurs sont sur une ligne de positivité identique ni de ce que va être après-coup leur pratique de l’accord ou dans le cas de pourparlers, s’ils vont finalement leur donner une suite. Il y va de la plus élémentaire prudence dans le propos diplomatique. S’ils sont le plus souvent superflus dans le langage courant (on n’est pas « très honnête » : on est honnête ou on ne l’est pas ! on n’est pas « très croyant » : on est croyant ou on ne l’est pas !), les superlatifs du genre « formidable », « fantastique », « historique » appliqués à une rencontre à caractère diplomatique, le sont plus encore.

A un ambassadeur qui venait d’être nommé à son premier poste et qui s’était dit « enthousiaste » de cette mission au moment de recevoir les instructions du président de la République, le général de Gaulle avait répliqué sèchement : « l’enthousiasme n’est pas une disposition d’esprit qui sied à un diplomate ».

On pourrait encore citer Honoré de Balzac, dans Illusions perdues, disant de Madame de Bargeton qu’elle abusait  « des superlatifs qui chargeaient sa conversation où les moindres choses prenaient des proportions gigantesques ».

Les mots par lesquels ses participants qualifient l’atmosphère de même que l’issue d’une négociation doivent être des mots choisis qui expriment de la mesure, si l’on veut qu’ils trouvent un écho et non une réaction de surprise voire de démenti chez l’autre partie. Les commentateurs, les observateurs, en revanche, ne sont pas liés par ces préventions. Mais précisément, il ne faut pas confondre les deux métiers. Et laissons le temps à l’histoire de décider de ce qui… est historique.

 

 

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