Donald Trump ou Procuste descendu de l’Olympe: deux mois de déshonneur

Un voyou absolu en affaires, doublé d’un sociopathe (on sait pertinemment que son cas relève de la psychiatrie), ne pouvait que donner un voyou en politique. Trump n’a cessé d’en donner l’exemple durant les deux derniers mois en multipliant non seulement les atteintes aux usages mais aussi les démarches illégales et inconstitutionnelles, en autant d’incitations faites à sa base la plus violente et volontiers complotiste de refuser le résultat des élections.

La dernière en date a été le fait d’appeler ses supporters à une manifestation à Washington ce 6 janvier en vue de faire pression sur le Congrès au moment de la certification de l’élection de Joe Biden. En l’accompagnant d’une allocution insensée mêlant mensonges, calomnie et haine, elle ne pouvait qu’accentuer un peu plus, s’il était possible, la frustration des manifestants et dégénérer : « un dernier discours à la tonalité agressive, comme une mèche qui allume une bombe » dit très justement Marie de Graffenried dans son article « La folie destructrice de Donald Trump » (Le Temps, 7 janvier 2021).

Ce à quoi l’on a assisté hier est bel et bien un acte de sédition venu d’abord du président sortant lui-même puis des manifestants. Il n’est pas anodin que les dix derniers Secrétaires à la Défense, tous ceux encore en vie, par définition des hommes très bien informés, aient cru bon de prévenir Donald Trump (et les citoyens des États-Unis), dans une tribune de presse parue au Washington Post dimanche 3 janvier, qu’un recours à l’Armée pour parvenir à ses fins serait un acte gravissime dont les initiateurs et exécutants auraient à répondre au pénal. S’ils l’ont fait, c’est évidemment sur la base d’informations sérieuses quant aux intentions ultimes de Trump. Et c’est pourquoi, aux États-Unis, l’heure est si grave.

Ce type de personnage narcissique, jusqu’auboutiste, destructeur, avait été parfaitement identifié par les Grecs de l’Antiquité qui n’avaient pas leur pareil pour concevoir des mythes révélateurs, instructifs et qui nous parlent toujours.

Divinité d’esprit rigide et perturbé, Procuste soutenait contre toute évidence, sans en démordre, que tous les êtres humains là-bas sur la terre, mesuraient la même taille. Excédé par les railleries des autres dieux, il descendit sur terre afin de démontrer la réalité de ses propos. Mais s’il y a un risque souvent fatal pour un humain à s’approcher de l’Olympe, il n‘est pas non plus sans risque pour un résident de cette contrée céleste d’en descendre pour venir se mêler aux humains. En effet, quel ne fut pas son étonnement lorsqu’il trouva parmi ces derniers une étonnante diversité physique, notamment quant à leur taille ! Mais il était bien trop orgueilleux et trop atteint dans sa psyché pour admettre s’être fourvoyé ; reconnaître son erreur était au-delà des capacités de son pesant cerveau. Alors, pour faire coller la réalité à son imaginaire et apaiser son angoisse, il mit en œuvre un terrible scénario. Déguisé en aubergiste, il installa dans son établissement situé au bord d’une route de campagne d’une zone retirée des lits à taille unique : 1m70. Les voyageurs passant par-là furent ravis d’y faire étape pour la nuit. Ils ne s’attendaient évidemment pas à être drogués lors du dîner et à subir le sort que leur réservait le faux aubergiste : ceux dont les mensurations dépassaient la mesure du lit eurent les pieds coupés ; ceux qui étaient plus petit furent soumis à une douloureuse séance d’élongations.

Il reste que le nouveau président, Joe Biden et la vice-président Kamala Harris, devront être extraordinairement bien protégés durant l’Inauguration Day du 20 janvier prochain, mais aussi durant tout leur mandat. Car le travail de sape criminel réalisé par Donald Trump durant cette période de transition inédite va produire ses effets bien au-delà, dans des esprits simples et surarmés qui vont se croire investis de la mission quasi divine de « sauver l’Amérique ».

 

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