Un événement diplomatique a donné naissance à la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris

En hommage aux sapeurs-pompiers de Paris et au sauvetage héroïque de Notre-Dame de Paris.

Historiquement, le corps des Sapeurs-pompiers de Paris est devenu une entité militaire après l’incendie dramatique de l’ambassade d’Autriche, survenu le 1er juillet 1810, qui a causé la mort de quelque cent personnes. Tour le corps diplomatique étranger en poste à Paris et la Cour avaient été conviés à cette réception organisée pour célébrer l’union entre Napoléon Ier et l’archiduchesse Marie-Louise, soit 2000 personnes. L’ambassade se trouvait à l’angle des actuelle rue de la Chaussée d’Antin et rue Lafayette (9e arr.), tout prêt de l’Opéra.

Napoléon lui-même est présent et échappe de justesse au sinistre. Le prince Alexandre Borissovitch Kourakine, ambassadeur du tsar, aura moins de chance. Arrivé à Paris en 1808 à l’issue de la signature du traité de Tilsit qui scellait l’alliance entre les deux empires. Dans la ruée vers les issues, Kourakine est bousculé, tombe et se fait piétiner. Il doit la vie sauve aux riches décors et aux doublures de son manteau qui l’ont finalement protégé de l’intense chaleur et du piétinement. Il restera alité pendant plusieurs mois[1].

Les pompiers ayant tardé à arriver sur les lieux et ayant manqué d’efficacité (malgré l’importance de l’évènement, leur chef était parti se reposer à la campagne. Il sera licencié ainsi que tous ses adjoints), Napoléon décide alors d’en faire un corps militaire, adhérant à la proposition du ministre de l’Intérieur et d’Etienne-Denis Pasquier, préfet de police. Le décret-Impérial intervient en ce sens le 18 septembre 1811. Leur appellation sera d’abord celle de bataillon des SPP puis, en 1867, celle de Régiment des SPP. Ils deviennent Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris, dénomination actuelle, un siècle plus tard, le 1er mars 1967.

Il faut dire à la décharge des sapeurs-pompiers de 1810 qu’ils n’avaient à leur disposition que les antiques pompes à bras alimentées par une noria de sceaux d’eau véhiculés jusqu’au réservoir de la pompe par une chaîne humaine. Ils œuvraient en outre dans un Paris qui était encore largement, en termes d’urbanisme, celui du Moyen-Age : étroit, tortueux, engorgé. Le baron Haussmann et le Second Empire n’étaient pas encore passés par-là avec les 70 percées de voies nouvelles qui ouvriront Paris à la lumière. En attendant, c’est le comte Rambuteau, préfet de la Seine de 1833 à 1848, sous la Monarchie de Juillet qui réalisera le premier tracé intra muros (le Paris clos alors par le mur des fermiers-généraux) d’une large rue nouvelle, sur 1 kilomètre (1er, 3e et 4e arr.), qui porte aujourd’hui son nom, ainsi que l’éclairage au gaz.

Logo de la BSPP

Formation militaire de sécurité civile, tout comme les marins-pompiers de Marseille, avec pour devise « sauver ou périr », la BSPP appartient à l’arme du Génie (Armée de Terre). Elle est commandée par un général de division de cette arme et placée à la disposition du Préfet de Police de Paris (ministère de l’Intérieur).

Son champ d’action géographique est non seulement la ville de Paris, mais aussi ses trois départements limitrophes : Hauts de Seine (92), Seine-Saint-Denis (93), Val-de-Marne (94). Elle assure en outre sur la base de conventions, la protection de sites particuliers : la base spatiale de Kourou en Guyane, le centre d’essais de lancement de missiles de Biscarrosse, à la BNF, au Louvre, à l’Aéroport de Roissy.

Les personnels de la BSPP peuvent être amenés à partir en Opérations extérieures (OPEX). Le 14 juillet, ils défilent en armes sur l’avenue des Champs-Elysées.

Ses effectifs correspondent à 114 SP pour 100 000 habitants, alors que la moyenne nationale est de 382 pour 100 000 habitants. Cela s’explique par la faible superficie de sa zone d’intervention. Au total, ses effectifs sont de 8600 SP dont plus de 300 officiers. Ils sont répartis en 81 casernes et trois groupements d’incendie (chacun commandé par un lieutenant-colonel ou un colonel ou un CL) et composé de huit compagnies.

La BSPP  est le 2e service de pompiers au monde après celui de New York (16 000) et devant Londres (7000). La BSPP est jumelée avec le NYCFD, New York City Fire Department depuis le 13 juillet 2002. Leurs collègues new-yorkais viennent de leur rendre hommage en défilant avec des drapeaux français et la bannière étoilée.

La BSPP réalise en moyenne 1500 interventions/jour. On estime qu’elle a sauvé 27 000 vies en 2018 (chiffres préfecture de Police au 15-4-2019).

Pendant la Première Guerre mondiale, ils se distingueront notamment à Vauquois, près de Verdun, et sa fameuse butte, côte 304, sur laquelle est érigé aujourd’hui un monument aux 10.000 morts français qui la défendirent. Les SPP utilisèrent pour la première fois le 6 juin 1915 en direction des lignes allemandes, à l’aide de lances surpuissantes, les appareils Schilt, un mélange inflammable fait d’essence et d’huile légère enflammé ensuite à l’aide de grenades incendiaires. Cette arme s’est avérée redoutable, mais en raison de l’effet de souffle provoqué par l’explosion d’un dépôt de munitions allemand, une partie du liquide en flammes a reflué sur les lignes françaises, tuant une vingtaine de SPP. Ce fait d’armes est inscrit sur le drapeau de la BSPP.

Le 1er août 1944, trois semaines avant la Libération de la capitale, les SPP sont les premiers à hisser le drapeau français sur Paris, au sommet de la Tour Eiffel.

Pour tout cela… respect et merci !

[1] Pour un récit remarquablement  documenté et précis de ce drame, on pourra se reporter à l’article de Christian Fileaux, « Tragique incendie à l’ambassade d’Autriche » sur le site d’histoire de la Fondation Napoléon : https://www.napoleon.org/histoire-des-2-empires/articles/

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