Georges Washington (1732-1799)

Washington insurgent

A 20 ans, en 1752, il hérite de son demi-frère qui vient de décéder, l’immense domaine de Mount Vernon, en Virginie. Cela fait de lui un des notables de l’Etat, à une époque où le suffrage était étroitement censitaire. En 1754, il est lieutenant-colonel de la milice de l’Etat à Fort Nécessité. En cette qualité, il participe dès cette même année à la guerre franco-anglaise dite « Guerre de Sept ans » aux côtés des troupes britanniques et contre les Français (règne de Louis XV en France). Durant cette campagne, étant commandant en chef des troupes de Virginie, il constate les difficultés de collaboration avec le commandement anglais. Après cela, il retourne s’occuper de son domaine, se marrie avec Martha Curtis, une riche veuve de Virginie, mais commence à basculer doucement dans l’indépendantisme, scandalisé par les contraintes qu’impose la couronne britannique aux colons.

Il est délégué de la Virginie au 2e Congrès continental de Philadelphie (1774-1775). Il y représente la tendance la plus « radicale » : celle des partisans de la liberté « les Fils de la Liberté », donc de l’indépendance, qui sera comme l’on sait, proclamée en 1776. Le 15 juin 1775, ce Congrès Continental (le premier organe commun constitué par les treize colonies), lui confie la direction de l’armée commune à Georges Washington. Il en prend le commandement effectif le 3 juillet à Cambridge.

Washington général en chef: l’alliance avec la France

Il s’agit d’une petite armée constituée à partir de contingents fournis par les colonies. Mais elle est complétée en cas de nécessité par des miliciens engagés volontaires que l’on peut qualifier de patriotes américains. L’ensemble ne dépasse pas 30 000 hommes au plus haut des effectifs. Indiscipliné, ce corps d’armée de l’indépendance doit d’abord être mis en ordre par Washington, puis équipé. Il l’est très mal au départ, mais va bénéficier, heureusement pour les futurs Etats-Unis, de l’apport substantiel de matériel fourni par la France de Louis XVI. La substance en fut négociée par Silas Dean côté américain et Beaumarchais côté français : uniformes, poudre, armes arrivèrent ainsi dès 1777. Le marquis de Lafayette était arrivé auparavant, le 13 juin 1777, à titre personnel car la France ne déclarera la guerre à l’Angleterre que le 10 juillet 1778, et avait reçu du Congrès de Philadelphie le grade de général de division. Il a 20 ans et devient un compagnon et ami apprécié de Washington.

West Point-Une position stratégique des Insurgents au-dessus des gorges de l’Hudson. Photo JP Pancracio

Washington défend alors auprès du Congrès le principe d’une alliance plus officielle avec la France. Elle est signée à Paris le 6 février 1778. Avec le général français Rochambeau et son corps expéditionnaire de 5500 hommes qui débarque à Newport le 10 juillet 1980, il engage la reconquête de la Virginie, occupée entre temps par les troupes anglaises. C’est la défaite du général anglais Cornwallis à Yorktown le 19 octobre 1981. C’est la fin de la guerre d’indépendance.

Washington démissionne de son commandement en 1783 et retourne dans son domaine de Mount Vernon. Partisan de la colonisation des terres de l’Ouest, ce sera un temps sa seule préoccupation politique directe. Mais il de nouveau délégué par la Virginie à la convention de Philadelphie de 1787 qui va élaborer la nouvelle constitution. Il en est élu le président et à ce titre jouera un rôle essentiel de compromis entre les deux principaux camps (fédéralistes et anti-fédéralistes).

Washington président isolationniste

Il est élu président de la nouvelle fédération le 4 mars 1789 et prend ses fonctions le 30 avril. Il sera réélu en 1792.

Premier président des Etats-Unis, Georges Washington peut être considéré comme étant également le premier concepteur de l’isolationnisme américain. Cela peut paraître paradoxal de la part de celui qui n’a vaincu que grâce à l’intervention décisive des forces françaises terrestres lors de la bataille de Yorktown (1781) ainsi que de l’escadre française qui a enfermé la flotte anglaise dans la baie de Chesapeake, l’empêchant ainsi de porter main forte aux troupes britanniques au sol. L’effort des colonies américaines dans cette guerre a été néanmoins substantiel et s’est soldé par 70 000 morts. La jeune armée de Washington, aidée par le contingent français, a affronté tout à la fois les troupes anglaises formées en partie de 17 000 mercenaires allemands (de Hesse et de Brunswick) qui avait été vendus par leur prince à l’Angleterre et des tribus indiennes que la puissance coloniale avait réussi à rallier.

Au demeurant, ce n’est pas tellement la France, le seul allié institutionnel des Etats-Unis, que craignait le premier président du pays mais bien l’Europe en tant qu’ensemble agressif et prédateur.

En cette année 1796, il énonce ainsi, dans son discours d’adieu à la nation américaine, des propos qui sont sans ambiguïté et marquent un détachement du continent américain au regard des affaires de l’Europe: « L’Europe possède des intérêts vitaux qui ne nous concernent pas, sinon de très loin. A cause de ces intérêts, elle se trouve inévitablement engagée dans des conflits qui, de par leur nature, ne nous regardent en rien. La sagesse veut donc que nous nous tenions à l’écart des vicissitudes de sa politique et que nous veillions à ne pas nous trouver impliqués, contre toute logique, dans son jeu d’alliances et de conflits (…). Notre éloignement nous permet de suivre une voie différente. (…) ».

 

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