I.L.I. à la Maison Blanche

Depuis le jeudi 16 avril, le covid-19 semble s’éclipser en douceur des États-Unis. La communication de la Maison Blanche s’est efforcée en effet de lui trouver un substitut permettant d’éviter de trop parler de ce fichu coronavirus.

Mais en quoi s’est-il changé, alors ? En conférences de presse comme dans les communiqués de Deborah Birx, White House Response Coordinator, responsable à ce titre de la Task Force coronavirus de la Maison Blanche, il est fait usage d’une nouvelle dénomination à vocation d’euphémisme : le I.L.I. ou Influenza-Like-Illness, une « maladie de type grippal ». Jeudi 16, Mme Birx n’a pas une fois prononcé les mots coronavirus ou covid-19, mais uniquement la formule I.L.I. Pas même une serious illness, mais une sorte de dérangement qui, coquin, irait jusqu’à prendre chez certains des airs de grippe.

La Maison Blanche vue des jardins

Ne serait-ce pas là, à contretemps, avec plus de 40.000 décès à ce jour, une version américaine de la fameuse grippette ? Utile en tout cas pour soutenir les manifestations contre les gouverneurs qui osent inciter leurs concitoyens à la prudence et à un certain confinement avec des modalités qui, au demeurant, varient beaucoup d’un État fédéré à un autre. Et en Virginie comme au Maryland, États qui encadrent le District fédéral de Washington, elles sont justement assez strictes.

Cela étant, on peut aussi comprendre que dans un pays où des millions de personnes viennent de basculer dans le chômage sans le support d’une aide sociale, où le maintien d’une position de première puissance mondiale est en jeu à terme avec une élection présidentielle à un court horizon, il est normal d’avoir le souci de permettre un redémarrage rapide de l’économie. Le problème de l’ampleur prise par l’épidémie en cours tient d’abord dans le long déni de dangerosité dont elle a été l’objet de la part de l’Administration et dans la forte résistance culturelle d’une partie de la population au confinement en tant qu’atteinte à la liberté individuelle : non seulement la liberté d’aller et venir mais aussi, avec une grande acuité ici, la liberté d’entreprendre et de travailler.

 

 

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