Ingérences américaines : une « diplomatie » du Bad Boy

En poste depuis quelques jours seulement, le nouvel ambassadeur des Etats-Unis à Berlin, Richard Grenell, un proche du président Trump, a commis une ingérence manifeste dans les affaires intérieures de l’Allemagne et au passage celles des autres Etats membres de l’Union européenne, en déclarant – ce qui de sa part ne saurait passer pour une maladresse – qu’il se proposait d’œuvrer à « soutenir la droite dure en Europe ». C’est dans une interview donnée le 3 juin au journal Breitbart, considéré comme média d’extrême droite, que l’ambassadeur a fait cette annonce.

Pour soutenir son ambassadeur, le Département d’Etat n’a pas trouvé meilleur argument que d’invoquer la liberté d’expression de celui-ci. Le problème est que justement, au regard du droit diplomatique, la parole d’un ambassadeur, pas plus que ses actes, ont des limites et ne sauraient le conduire à s’immiscer dans les affaires intérieures de l’Etat accréditaire (Etat d’accueil). La sanction peut être dans ce cas une déclaration de persona non grata et l’obligation irrévocable faite à son Etat accréditant (Etat d’envoi) de le rappeler.

Serait-ce là un avatar de la Transformational Diplomacy de l’ancienne secrétaire d’Etat des Etats-Unis, Mme Condoleezza Rice (second mandat présidentiel de G.W. Bush jr.) ? En 2006, dans le cadre de cette doctrine diplomatique Condoleezza Rice et le Département d’Etat avaient invité les diplomates américains à ne pas accepter le monde tel qu’il est, mais à le transformer ! Comme cela visait notamment les institutions de certains Etats, cela laissait supposer une pratique assez soutenue de l’ingérence. Mais, dans les mains de diplomates occasionnels, la transformational diplomacy version Donald Trump, se parant de l’anti-élitisme cher au président, est encore plus lourde, plus grossière, plus arrogante que sa devancière et fait fi sans vergogne des précieuses normes du droit diplomatique.

Richard Grenell  ne s’en est d’ailleurs pas tenu là puisqu’il a pris également la liberté d’inviter pour des entretiens particuliers des chefs de gouvernement étrangers (le premier ministre israélien B. Netanyahou, par exemple) venus en visite officielle auprès de la Chancelière. Et cela constitue aussi une ingérence. Il n’a pas à interférer avec l’agenda des visites bilatérales officielles de la Chancelière.

Désigné par Donald Trump pour ce poste en septembre 2017,  M. Grenell n’a reçu l’accord du Sénat qu’en avril 2018.

A ces ingérences, le président lui-même vient d’ajouter la sienne en déclarant le 18 juin dans un tweet que « le peuple allemand est en train de se retourner contre ses dirigeants ». Madame Merkel a sûrement apprécié !

Voir en complément http://www.dictionnaire-de-la-diplomatie.com/la rubrique Ingérence.

 

 

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