Le dernier argument

On aurait tort de le confondre avec l’ultimatum dont, il est vrai, il prend parfois les apparences.

Le dernier argument est prononcé dans une situation de blocage d’une négociation et… de fatigue, quand la partie adverse, campant sur ses positions, ne veut décidément rien entendre. Contrairement à l’ultimatum resté sans réponse ou bien rejeté, il n’est pas nécessairement suivi d’une entreprise militaire. Encore que… Pour Louis XIV, si l’on en croit l’inscription qu’il faisait graver sur ses canons – « ultima ratio regum » (ceci est le dernier argument du roi) – il y avait bien une façon tonitruante de prolonger la discussion, ce que théorisera Carl von Clausewitz un peu plus tard. On pourra aisément le vérifier, entre autres, sur les canons exposés dans la cour d’honneur de l’Hôtel des Invalides à Paris et la photo ci-dessous.

Sur la volée d’un canon de Louis XIV-Cour d’honneur des Invalides

De nos jours, l’ultima ratio reste généralement verbal et emprunte la forme de phrases imagées, courtes pour être percutantes, destinées à frapper l’esprit. Elles ne sont d’ailleurs pas prononcées par des diplomates dont la manie est de ne jamais fermer les portes, mais plutôt par des chefs d’Etat peut-être moins patients parfois face à ce qui leur résiste.

Dans ce registre on se rappellera la phrase prononcée par le président Jacques Chirac lors d’une visite en Israël, à l’encontre de gardes du corps locaux qui tentaient à tout prix de contrarier son bain de foule : « Do you want me to take my plane ? » (« voulez-vous que je reprenne mon avion ? »). Une phrase qui connaît une certaine postérité puisque le président Emmanuel Macron l’a de nouveau prononcée, gentiment et avec le sourire, le 27 mai en marge du G7 de Taormina (l’endroit le plus violemment volcanique d’Europe), alors qu’il se trouvait gêné dans sa marche – un comble ! – par l’impressionnant rideau de gardes du corps italiens qui l’entouraient.

Dans la cour d’honneur des Invalides. Paris. Photo jpp

On dit aussi de l’insulte qu’elle est le dernier argument… Pas en diplomatie, cela va de soi. Parce que quand on l’utilise, c’est que l’on a déjà perdu la partie, l’interlocuteur est parvenu à vous affaiblir au point de vous conduire à cette extrémité. On n’en est pas si loin lors d’un sommet européen du 23 octobre 2011, à 27, traitant des relations entre l’UE et la zone euros en plein crise des dettes souveraines. Le président Nicolas Sarkozy excédé après deux heures d’échanges par les exigences et critiques du Premier ministre britannique David Cameron, finit par lui lancer « you have lost a good opportunity to shut up » (« tu as perdu une bonne occasion de te taire ». Autrement dit : « ferme-là !), tel que le rapporte The Guardian. Il est vrai qu’en anglais, le mot argument se traduit aussi par « dispute », « franche explication ». Un argument 3.0 diraient les geeks.

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