Les ponts et la diplomatie    

Les ponts ont été à maintes reprises dans l’histoire le théâtre de rencontres diplomatiques, le plus souvent dans un contexte de guerre, en vue d’une paix !

Pour les rencontres en terrain neutralisé, les ponts n’ont cessé en effet de tenir les premiers rôles au fil des siècles, tout spécialement quand les souverains étaient présents, ce qui demeurait toutefois un événement rare. La rencontre de Tilsit, entre Napoléon Ier et le Tsar Alexandre Ier, le 25 juin 1807, ne le dément pas. On y scelle le traité de paix entre les deux empires qui sera signé le 7 juillet de cette année-là.

Napoléon et le Tsar Alexandre Ier à Tilsit

A Tilsit, le Niémen séparait alors les deux armées, celle de l’Empereur des Français et celle du Tsar, cantonnées chacune sur une rive. Il s’agissait donc bien d’une « rencontre en marche » de deux souverains. Quant aux négociations proprement dites, qui donneront naissance au traité de Tilsit, elles vont se dérouler en ville entre plénipotentiaires, à l’issue de cette entrevue. Notons que le plénipotentiaire français, Talleyrand, appelé en urgence depuis Varsovie où il se tenait sur l’arrière des armées, se plaindra dans ses mémoires de n’avoir pu jouer selon lui que les utilitaires, devant faire face en permanence aux corrections et décisions unilatérales de l’empereur.

La rencontre de Tilsit sur le Niémen. Photo Wikipedia/Commons/9/95

Les « rencontres en marche »

Le pont participait de ce que l’on appelait une « rencontre en marche », c’est-à-dire à la limite des territoires dominés par l’armée de chaque partie. En vieux français existait l’adjectif « marchissant », qui signifiait limitrophe et le verbe « marchir », caractérisant ce qui est aux confins d’un territoire. Quand on se disait être « aux marches du Royaume », on signifiait en cela être dans un fief ou une province limitrophes. L’expression « sur les marches de… », bien que vieillissante, signifie encore aujourd’hui, que l’on se situe aux confins d’un territoire étranger.

Les précédents de la guerre de Cent Ans

Bien avant la rencontre des deux empereurs à Tilsit, il y avait eu, parmi d’autres exemples, la rencontre avortée du dauphin, futur Charles VII avec Jean sans Peur, duc de Bourgogne, sur le pont de Montereau sur l’Yonne, le 10 septembre 1419, les deux armées se faisant face sur chacune des rives. L’entrevue fut fatale au duc puisqu’il fut assassiné sur le pont. Une affaire de vengeance! De même, la rencontre de Louis XI et Edouard IV d’Angleterre sur le pont de Picquigny le 29 août 1475 sur la Somme, tout près d’Amiens, qui scella la fin de la guerre de Cent Ans. Ce ne fut pas sur un pont, mais le jeune Louis XIV alla rencontrer son futur beau-père, Philippe V d’Espagne sur la minuscule ’île des Faisans, au milieu de la Bidassoa, pour y sceller sa prochaine union de raison avec l’Infante Marie-Thérèse. Là encore on a traité sur un fleuve, à mi-chemin de rives étrangères. Au coeur du Pays Basque, il fait toujours office de frontière entre France et Espagne.

 

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