L’incrimination de narco-terrorisme envers un chef d’État étranger

Le fait pour les États-Unis d’avoir qualifié officiellement le 28 mars 2020, le président du Venezuela, M. Maduro, de narcoterroriste susceptible de relever de leurs juridictions, est totalement illicite au regard du droit international public.

Tout comme l’était l’intervention de l’armée des États-Unis au Panamá en 1989 (voir mon Dictionnaire de la diplomatie, 3e édition, 2019, pp. 139 et 356) pour s’emparer, sur la même justification, du président en fonctions, Manuel Noriega, quand bien même ce dernier ait été effectivement impliqué à l’époque dans le trafic de drogue à destination des États-Unis, ce qui n’est pas le cas de M. Maduro.

D’une part, Nicolas Maduro est un chef d’État en fonctions bénéficiant de l’immunité juridictionnelle internationale des chefs d’État en exercice, immunité, qui ne saurait être levée qu’en cas de crimes objet d’une compétence universelle des États, à savoir : le crime contre l’humanité, le génocide ou le crime de guerre. D’autre part, rien ne fait apparaître qu’il ait pu être au cours de ces dernières années, à la tête de son pays, un acteur du trafic de drogue visant le territoire des États-Unis.

Là encore, une telle incrimination, par son caractère clairement illicite et abusif au regard du droit international, nuit gravement à la crédibilité des États-Unis comme démocratie respectueuse du droit dont elle devrait être la première ligne de défense en sa qualité de première puissance mondiale. Au lieu de cela, l’accusation de narco-terrorisme fait plutôt penser en l’espèce à ces incriminations inventées dont aiment user certains régimes autoritaires – ce que ne sont évidemment pas les États-Unis – pour se débarrasser de personnes qu’ils estiment nuisibles à leurs intérêts.

Les commentaires sont fermés