L’initiative de Donald Trump pour réformer l’ONU

Donald Trump n’est pas mauvais dans l’art du contre-pied. Alors qu’il  ne cesse de critiquer l’ONU, il vient de prendre une initiative en vue de réformer l’Organisation, à la barbe des dirigeants des autres grandes puissances.

Mais ne nous leurrons pas. Ce n’est pas de sa part l’expression d’un goût inattendu pour le multilatéral, mais plutôt un air d’America First. Une initiative assez habile cependant, qui entend tirer parti d’une nécessité reconnue par tous, réformer l’ONU, et dont les Etats-Unis prendraient le leadership tout en faisant mine de se ranger derrière le Secrétaire général, Antonio Gutteres. Pour autant elle risque de faire « flop ».

Le 18 septembre, la veille de son discours devant l’Assemblée générale, Donald Trump organisera une réception au siège de l’ONU à New York en vue de rallier le soutien de délégations d’Etats membres en faveur d’une réforme de l’Organisation. Les représentants des Etats qui auront bien voulu répondre « présent » seront invités à souscrire une déclaration en dix points, rédigée unilatéralement par les Etats-Unis, présentée comme étant destinée à soutenir les efforts du secrétaire général, Antonio Guterres, pour engager une réforme en profondeur de l’Organisation.

Le Conseil de sécurité des Nations Unies-Crédit Photopin

Dans  le projet de déclaration il est écrit notamment : « Nous soutenons les efforts du secrétaire général pour procéder à des changements concrets au sein des Nations unies, pour mieux aligner leur travail sur l’aide humanitaire, le développement et la défense des initiatives de paix » et la rendre plus performante.

Comme présentation, c’est parfait ! Mais qu’y a-t-il derrière ?

Donald Trump ne cesse de répéter qu’il souhaite une réduction de la quote-part versée par les Etats-Unis au budget de l’organisation dont il estime qu’elle est injustement élevée. Or elle est établie au prorata de la richesse de chaque pays et actualisée tous les trois ans par l’Assemblée générale. Les Etats-Unis contribuent actuellement (barème 2016-2018) pour 22% du budget ordinaire de l’ONU, soit 5,4 milliards de dollars, auxquels s’ajoutent 7,3 milliards de contribution aux opérations de maintien de la paix (28,5%). Il est vrai cependant que la quote-part de la Chine, fixée à 7,9%,  peut être considérée comme sous-évaluée. La France est à 4,8%.

Le procédé en tout cas ne manque pas de surprendre. Lorsque, de nos jours, on cherche à faire émerger un consensus au sein des Nations unies en vue d’un nouveau grand traité universel ou pour réviser un accord préexistant, on a d’abord recours à un comité préparatoire qui cherche à rapprocher les différents points de vue. Ce travail en amont se traduit soit par un projet de texte, une liste de propositions… ou un constat d’échec. Dans la première hypothèse, c’est la condition de réussite de la conférence diplomatique qui rassemble ensuite les délégations de tous les Etats, au sein de laquelle vont être négociés les termes définitifs de l’accord. Sur un sujet aussi sensible que la réforme de l’ONU, ce processus paraît d’autant plus adapté : réforme de la composition du Conseil de sécurité, réforme du droit de veto de ses cinq membres permanents, réforme du mode de calcul des contributions aux budgets… Que d’oppositions d’intérêts à rapprocher, de divergences à concilier !

Reste à savoir qui répondra à l’invitation le 18 septembre? D’après les informations diffusées par le Département d’Etat ces derniers jours, quelque cent Etats auraient manifesté leur intérêt. Nous verrons. Il sera aussi intéressant d’entendre les propositions du président Macron lors de son propre discours devant l’Assemblée générale, qui pourrait être, en partie au moins, un « Discours de la méthode ».

En toute hypothèse, et comme toujours, le point névralgique de cette réforme, si elle est entreprise, sera la question financière et budgétaire. Or la situation actuelle de la plupart des grandes organisations internationales est dramatique sur ce plan. Avec le risque d’un recul du multilatéralisme dont nous avons tellement besoin, aujourd’hui plus que jamais et qui serait en totale contradiction avec le degré élevé d’interdépendance que nous avons atteint et les défis considérables que nous allons devoir affronter de façon solidaire au cours de ce siècle. Trop d’Etats ne paient plus  leur quote-part ou paient avec des retards ingérables pour la gestion de l’ONU et de ses institutions spécialisées comme l’UNESCO. Il faut que les Etats, le monde, sachent ce qu’ils veulent. Sans elles, soyons-en sûrs, le monde ira infiniment plus mal.

 

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