Négocier… ou ne pas vouloir négocier ?

L’annulation brutale par Donald Trump de sa rencontre avec le leader nord-coréen Kim Jung-un, programmée pour le 12 juin à Singapour, ne laisse pas d’interpeler.

Il y a une façon d’approcher les négociations, comme on dirait d’un navire qu’il est « en approche », qui peut laisser à penser que l’on ne veut pas négocier.

Une obligation de bonne foi s’impose de par le droit international dans l’ensemble du processus d’une négociation diplomatique. A plus forte raison quand celle-ci est censée être un premier pas pour aboutir, à terme plus ou moins lointain, à un accord international élargi.

Prendre sur soi !
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Cet impératif de bonne foi s’impose à notre sens dès l’instant où les deux parties ont clairement et publiquement exprimé leur accord pour se rencontrer et parler d’un sujet déterminé en vue d’éliminer le différend qu’il a fait naître entre elles. Dès lors en effet, une telle déclaration porte bien au-delà d’elles-mêmes et touche l’ensemble de la communauté internationale.

Il peut cependant arriver qu’en toute mauvaise foi, l’une des parties laisse croire qu’elle s’engage dans un processus de négociation alors que de l’autre côté, elle agit pour que celui-ci échoue avant même d’avoir pu réellement commencer.

Tel est le cas lorsque l’on déclare préalablement et publiquement les objectifs que l’on souhaite atteindre à l’issue des réunions – ce qui n’est jamais de toute façon une bonne méthode diplomatique – en sachant qu’ils sont contraires au minimum d’esprit de consensus, on pourrait dire au minimum d’esprit de négociation que l’on est en droit d’attendre. Si vous annoncez d’emblée à la face du monde, unilatéralement, des attentes dont vous savez pertinemment qu’elles rendent toute négociation véritable impossible et en signent le futur échec, vous vous placez dans une posture de mauvaise foi. Et cela porte en soi le risque d’aggraver la situation à laquelle la communauté internationale s’attendait à ce qu’elle s’améliore du fait des négociations annoncées.

Il est vrai que ce qui était annoncé était une « rencontre », mais on pouvait espérer qu’elle fut un premier round de négociations qui aurait pu être élargi ensuite à d’autres puissances. L’objet en était clairement la question  de la prolifération nucléaire menée par la Corée du Nord, après que ce pays ait donné des gages de bonne volonté et d’ouverture sous la pression du président chinois Xi Jimping, auquel le président Macron à tenu à rendre hommage lors de son séjour en Russie (24-25 mai).

Ainsi, dire d’emblée à la Corée du Nord, envers laquelle je n’ai pas en l’état de grands élans de sympathie, que l’objectif d’une rencontre, déjà spectaculaire en elle-même, est d’obtenir qu’elle renonce à tout ce qu’elle s’évertue à construire depuis plusieurs décennies – se doter de l’arme nucléaire – revient à fermer la porte à une issue équilibrée. C’est lancer un impératif catégorique avant même d’avoir pu mettre sur la table des compensations qu’un tel effort de leur part appellerait. C’est mettre la ligne rouge à la porte d’entrée. Et justifier la volte-face en invoquant certains éléments de langage des Nord-Coréens, auxquels on est par ailleurs tellement habitué, ne peut que passer pour un prétexte.

En tout cas, ce n’est pas comme cela que l’on fait naître la confiance nécessaire entre des puissances qui ne se parlent plus depuis si longtemps.

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