Le Qatar, solide partenaire économique de la France

En ces temps de crise sanitaire mondiale et de crise économique inédite par son ampleur, les partenaires et investisseurs qui inscrivent leur action et leur présence dans le long terme sont plus que jamais appréciables pour notre pays. Ils font partie de son tissu économique et sont ce que nous pourrions appeler des partenaires fidèles. Le Qatar, par plusieurs de ses fonds, est de ceux-là.

A l’heure où le gouvernement s’inquiète légitimement de l’activisme actionnarial développé par des fonds spéculatifs à l’encontre de certains fleurons de l’économie française comme le groupe Lagardère, il est bon de rappeler que l’actionnariat qatari, mis à part les investissements de pure propriété dans certains biens immobiliers, traduit une présence de consolidation du capital de ces groupes sans aller jusqu’à en prendre le contrôle, à l’exception de maisons de petite taille comme le maroquinier Le Tanneur. La présence du Qatar dans le capital social de grandes entreprises françaises, spécialement celles qui sont cotées en bourse, joue ainsi dans le sens d’une stabilité de leur gouvernance, à l’opposé de ce que peuvent faire des fonds spéculatifs agressifs.

La Qatar Holding est la branche « investissement de la Qatar Investment Autority (QIA), le puissant fonds souverain de ce pays doté de 335 milliards de dollars. C’est donc elle qui réalise la plupart des entrées au capital social de groupes français. Mais plusieurs autres fonds qataris ont aussi investi dans certains secteurs.

En gros, on peut dire que ce sont trois à quatre domaines de l’activité économique française que le Qatar a particulièrement ciblé au cours de la dernière décennie : le luxe, les médias et le sport, l’immobilier, et l’industrie avec des prises de participations dans trois grands groupes industriels de premier plan.

Dans le luxe

Le Qatar est entré en 2012 au capital du groupe LVMH qui est constitué à l’heure actuelle de 75 maisons de luxe, en acquérant alors 1,03 % du capital. Le capital du groupe est détenu à 47,16 % par la famille Arnault (63% des droits de vote) alors que les investisseurs étrangers tous ensemble en possède 32,7% et les institutionnels français, 11,6%. Le groupe de maroquinerie Le Tanneur est quant à lui détenu par la société privée Qatar Luxury Group à hauteur de 86%.

Dans la distribution, Le Printemps, une des plus célèbres chaîne de grands magasins du monde (16 magasins outre celui de Paris), est également propriété de la QIA depuis 2013 en échange d’une partie des actions que cette dernière détient dans la Fairmont Raffles Hôtels International (Royal Monceau) pour un montant de 2,6 milliards d’euros.

La famille de l’émir Al-Thani, est devenu en 2016, via le fonds Mayhoola, propriétaire de la maison Balmain (haute couture, maroquinerie, cosmétiques) pour un montant de 460 millions d’euros.

Dans les médias et le sport

On sait la bataille qui se déroule depuis quelques mois au sein du groupe Lagardère, déclenchée par le fonds britannique Amber Capital et son PDG le financier français Joseph Oughourlian, qui tentent d’en prendre le contrôle.  Amber Capital en possède déjà 18% et s’efforce (avec 14% des droits de vote) depuis des semaines d’agréger à lui d’autres actionnaires en vue d’évincer le PDG Arnaud Lagardère de la direction dont ils contestent la gestion tout en souhaitant un recentrage du groupe sur ses activités porteuses : l’édition où il est, avec Hachette, n° 3 mondial et le Travel Retail (ses 250 boutiques d’aéroports et 750 de gare) au 4e rang mondial. La date cruciale était précisément ce mardi 5 mai 2020 à 10 h, avec l’assemblée générale du groupe qui se tient exceptionnellement à huis-clos compte tenu de la période de confinement. Or la Qatar Holding est présente dans le capital du groupe à hauteur de 13% du capital mais aussi de 20% des droits de vote. Elle a jusqu’à présent toujours joué un rôle de stabilité en faveur de la direction générale du groupe et d’Arnaud Lagardère. Et cette fidélité ne s’est pas démentie ce 5 mai puisque le Fonds Amber a perdu son combat contre la commandite.

Qatar Holding détient également 1,67 % du capital du groupe de télécom Vivendi dont l’une des filiales est l’opérateur de téléphonie mobile SFR. Enfin, les amateurs de sport connaissent bien désormais les chaînes payantes BeIn Sport détenues par la chaîne de télévision qatari Al-Djezira, elle-même détenue par l’État du Qatar. Elles sont très présentes dans le PAF français notamment grâce aux droits de retransmission de certains événements sportifs dont les matches de la Ligue 1 de Football.

Dans le sport, en 2012 Qatar Sports Investments a pu acquérir 100% du capital du club de football Paris-Saint-Germain en rachetant la participation de 30 % que Colony Capital y détenait encore. Il en est ainsi devenu l’unique propriétaire, de même que du PSG Handball. Dans le secteur des courses hippiques, le Qatar est propriétaire du prix de l’Arc de Triomphe considéré comme le championnat du monde des pur-sang et qui se déroule chaque année au mois d’octobre sur l’hippodrome de ParisLonchamp.

Dans les grands groupes industriels

Le Qatar possède 5,5 % du capital de VINCI, numéro un mondial du BTP. Il en est à ce titre le deuxième actionnaire.

L’émirat détient en outre 4,7 % du capital, de Véolia Environnement, groupe de services aux collectivités, notamment dans le domaine de l’eau qui intéresse d’autant plus le Qatar pour les usines de désalinisation de l’eau de mer dont il a besoin.

Le Qatar détient également une participation à hauteur de 3% au capital du groupe pétrolier TOTAL.

Le Printemps Paris Haussmann

Dans l’hôtellerie et l’immobilier

Les principaux investissements qataris dans ce secteur sont à Paris. Katara Hospitality, investisseur dans l’hôtellerie de Luxe a pris rang en qualité de deuxième actionnaire (10,3%) du groupe AccordHôtels. Il a acquis les deux palaces que sont le Royal Monceau (Raffles) et le Peninsula inauguré en 2014 avenue Kléber, de même que l’Hôtel du Louvre et le Concorde Lafayette. Hors Paris, le fonds possède également à Cannes les hôtels Martinez, Carlton, de même que des intérêts dans le Magestic Barrière et Gray d’Albion via sa participation de 25% au capital social de la Société Fermière du Casino Municipal, ainsi que le palace Hyatt Regency Palais de la Méditerranée sur la Promenade des Anglais à Nice.

En ce qui concerne les propriétés acquises à titre privé et ayant fonction de résidences, l’émir est propriétaire de l’hôtel d’Evreux situé place Vendôme et son frère, de l’hôtel Lambert à la pointe nord-est de l’île Saint-Louis.

Le Qatar est également très présent sur les Champs Elysées. Outre son ambassade, très visible face à l’Arc de Triomphe place du général de Gaulle, il est propriétaire de l’immeuble du Virgin Megastore et de l’ancien siège de HSBC France. La banque centrale du Qatar possède sur l’avenue la galerie commerciale Elysées 26 ainsi qu’un immeuble mixte de bureaux et de logements.

Mentionnons enfin que le Qatar participe en qualité de partenaire de l’établissement public Caisse des Dépôts et Consignations et à hauteur de 300 millions d’euros, au fonds créé par cette dernière en vue d’aider les PME françaises innovantes.

Il s’agit bien d’un partenariat économique qui s’est ainsi dessiné et consolidé au cours de cette décennies 2011-2020, tant il est vrai qu’en contrepartie de cette présence qatarie en France, dont rien ne démontre, bien au contraire, qu’elle ne soit pas vertueuse et bénéfique, 120 sociétés françaises sont présentes au Qatar.

 

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