Quel avenir pour Porto Rico ?  

Ce dimanche 11 juin 2017, les Portoricains étaient appelés à voter dans le cadre d’un  référendum pour décider ou non de devenir le 51e Etat des Etats-Unis d’Amérique. Un événement certes, mais pas de panique ! Ce n’est pas pour demain.

La question posée lors de ce référendum était « pour ou contre une décolonisation immédiate » de l’île ? Le résultat : 97% de vote « pour ». Mais une très faible participation de 22,7% de votants. Comme si les Portoricains, désabusés, n’y croyaient déjà plus, outre que l’opposition formée par les « indépendantistes » avait appelé à s’abstenir.

Porto Rico aujourd’hui : un « Etat libre associé »

L’île des Caraïbes est en effet liée aux Etats-Unis par ce statut spécifique d’Etat libre associé depuis 1952. Il s’agit de ce que l’on pourrait appeler un « rattachement souple » à la fédération américaine, une situation intermédiaire entre la totale indépendance et une simple autonomie sous tutelle de Washington. Un protectorat en quelque sorte, d’où le libellé de la question référendaire.

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Une succession de référendums

Celui-ci est le cinquième ! Lors du référendum du 14 novembre 1994, les Portoricains avaient rejeté à une faible majorité (48 % contre 44 %) l’intégration totale de leur pays au sein de la fédération américaine. Plus exactement la demande d’être intégré comme Etat fédéré car c’est bel et bien le Congrès à Washington qui décide. Les Portoricains ont ainsi continué à bénéficier, au titre de l’association, de la citoyenneté américaine et de la liberté de circulation sur le territoire des Etats-Unis, mais l’île est demeurée juridiquement une entité extérieure, simplement dotée d’un gouverneur.

Le dernier référendum datait de 2012. C’était le premier à donner un vote positif en faveur de l’intégration totale aux Etats-Unis… et elle ne s’est pas produite.

Les réticences de Washington

A Washington, en effet, on se satisfait assez bien du statut actuel d’Etat libre associé. Le moins que l’on puisse dire est que l’on n’est pressé de le faire évoluer. Même au temps de la ruée vers l’Ouest et de la conquête progressive du continent, des conditions étaient imposées par le Congrès aux Etats en voie de formation pour pouvoir intégrer l’Union, sans être trop regardants tout de même. Mais lorsque la question s’est aussi posée pour Cuba, après l’intervention armée de 1898 qui a aidé la grande ’île ainsi sa petite soeur Porto Rico à se libérer de l’Espagne, il a été considéré qu’elle n’était pas en situation d’intégrer l’Union comme Etat fédéré.

Avec le statut actuel de Porto Rico, les Etats-Unis prennent en charge la sécurité et les relations extérieures de l’île et y appliquent les lois du Congrès. Mais de là à en faire le 51e Etat fédéré, on n’y est pas encore. Outre que la majorité des Portoricains vit déjà aux Etats-Unis où ils bénéficient de la liberté d’établissement, ce qui a littéralement vidé l’île de ses forces vives en érodant au passage ses ressources fiscales, elle est aussi beaucoup trop en retard en termes de développement économique et social.

Un protectorat perclus de dettes

L’île est même au bord du défaut de paiement avec 74 milliards de dollars de dettes. Les Etats-Unis, que ce soit sous la présidence de Barak Obama ou celle de Donald Trump n’ont pas marqué l’intention de mettre la main à la poche pour en renflouer le Trésor. L’Administration américaine entend d’abord protéger les contribuables américains et préfère imposer à Porto Rico un lourd programme de coupes et restructurations budgétaires. Et pour éviter à l’île d’avoir à subir de multiples procédures de ses créanciers comme ce fut le cas de l’Argentine au début des années 2000,  une loi votée par le Congrès en 2016 à l’initiative du président Obama, le Puerto Rico Oversight Management and Economic Act, a autorisé sous le contrôle d’une commission d’experts, la Junta, où ne siège qu’un seul Portoricain, la renégociation de la dette.

 

 

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