Respecter la Russie et accueillir Donald Trump

Je vous livre ici, sous ce titre, le texte de ma chronique dans Ouest France, parue hier 12 juillet. 

Est-ce, dans les milieux politiques de Washington, le fruit d’un  manque d’imagination qui fait que l’on s’abandonne aux anciennes et sourdes inquiétudes russophobes ? Ou bien le désir de contrarier envers et contre tout le président Donald Trump dont on rejetterait encore l’idée qu’il puisse avoir été élu ?

Toujours est-il qu’une partie de l’Establishment de l’Etat fédéral (sa classe politique et administrative au sens large du terme fonctionnant avec ses codes  et comme un « ordre établi ») qui entend contrecarrer, entraver au maximum la présidence Trump, joue à l’heure actuelle un jeu dangereux à l’égard duquel les Européens que nous sommes doivent se tenir aussi éloignés que possible.

Il est clair qu’à l’heure actuelle, cet Establishment – qui n’est pas un mythe mais une lourde réalité – et quasiment l’ensemble de la presse de la côte Est et de la côte Ouest sont toutes voiles dehors contre la Russie dans le but d’espérer porter un coup fatal à Donald Trump. L’un et l’autre sont l’objet d’attaques incessantes, quotidiennes, qui me mettent personnellement très mal à l’aise, alors même que si j’avais été Américain, je n’aurais pas voté pour Donald Trump. Ajoutons à cela l’absence de preuves permettant de penser que le président ait pu trahir son pays alors qu’il était candidat.

La bonne initiative du 14 juillet

Pour nous Européens, la Russie fait partie de notre voisinage séculaire, de notre continent, de notre culture. Nous avons à accepter sa spécificité culturelle et politique, accepter le fait qu’elle ait besoin de présence au monde, qu’elle ait besoin de ports au nord et au sud pour sa marine, besoin d’être considérée, besoin même d’une certaine aire d’influence – ce qui ne veut pas dire de conquête bien évidemment – autour de son territoire. Au-delà de nos disputes, de nos divergences, nous sommes destinés à nous parler sans cesse. Nous devons aussi par conséquent avoir une attitude mesurée vis-à-vis de l’Ukraine, terre d’origine de la nation russe.

L’Europe et ses peuples ont besoin de deux choses tout à fait essentielles : une Union européenne forte et un dialogue permanent, constructif, respectueux avec la Russie. L’ostraciser serait un non-sens avec pour unique résultat de la conforter dans des politiques de force.

14 juillet: les « Champs » sont prêts. Photo jpp

L’invitation faite par le président Emmanuel Macron à Donald Trump de venir assister aux cérémonies du quatorze juillet à Paris est une excellente chose. Elle a été suivie très rapidement d’une réponse positive de la Maison Blanche. C’est un message multidirectionnel que le président de la République adresse ce faisant et qui rejoint le propos de cet article. Officiellement, il s’agit du côté de l’Elysée d’une invitation destinée à commémorer l’arrivée des troupes américaines en France à la fin de la Première Guerre mondiale. Des soldats américains défileront d’ailleurs sur les Champs Elysées et la patrouille acrobatique Thunderbirds de l’US Air Force (6 F-16) et de deux F-22 Raptor (avions furtifs) sera dans le défilé aérien à la suite de la Patrouille de France. Au-delà de la personne de son président, c’est bien le peuple des Etats-Unis que nous honorons et remercions pour les sacrifices passés et avec lequel nous aurons jour après jour à parler d’avenir commun.

Autonomie diplomatique

Mais en arrière-plan, la France démontre également son indépendance de pensée et de positionnement envers la malsaine obsession du « mal » russe dans laquelle se complait  l’Establishment américain, tout en envoyant des signaux  positifs à Donald Trump et par devers lui… à Vladimir Poutine. A tous ceux qui ne manqueront pas de s’insurger contre cette visite: l’art de la diplomatie n’est-il pas avant tout de ne pas fermer les portes, et surtout celles qui grincent ?

 

 

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