Taïwan, un réseau diplomatique étriqué

Sous la pression de Pékin, le réseau diplomatique de Taïwan se réduit peu à peu comme une peau de chagrin.

Il faut dire que la pression exercée par la République populaire de Chine (RPC) est forte. L’île qui a fait sécession en 1949 lorsque l’armée de Tchang Kaï-chek (Jiang Jieshi) a été définitivement vaincue par l’armée rouge de Mao Ze Dong.  Tchang Kaï-chek  s’est alors replié sur l’île de Formose (Taïwan) pour y créer un nouvel Etat, libéral, la République de Chine, tandis qu’au-delà du détroit de Formose (détroit de Taïwan aujourd’hui), la RPC, communiste, s’installait sur le continent.

Dans un premier temps, la RPC n’a pas été reconnue par les Etats occidentaux qui se montraient plutôt enclins à focaliser leurs relations diplomatiques sur Taïwan. C’est le Royaume-Uni qui enclenchera le processus inverse, en 1954, suivi de la France en 1964. En 1971, Taïwan perd son siège à l’ONU au profit de la RPC. Après une visite historique du président Nixon en 1972, organisée par Henry Kissinger, la reconnaissance des Etats-Unis ne viendra qu’en 1979[1]. Mais elle aura évidemment un grand impact.

La doctrine de la Chine unique 

Pékin n’a jamais varié sur sa doctrine « deux territoires, une seule Chine »: le territoire de Taïwan lui appartient et devra un jour être de nouveau rattaché à la Chine continentale. Pour l’heure, condition sine qua non, tout Etat qui désire engager des relations diplomatiques avec la RPC doit cesser d’en avoir avec Taïwan et de le reconnaître en tant qu’Etat. Or il  est clair que les forces sont inégales. Taïwan a beau être aujourd’hui un Etat libéral et démocratique – ce qu’il n’était pas sous la présidence à vie du général Tchang Kaï-chek – la puissance politique, économique et culturelle acquise par la RPC, qui s’ajoute à sa puissance démographique, a fini par attirer à elle la quasi universalité des Etats, privant progressivement Taïwan de ses reconnaissances et de son réseau diplomatique.

Il ne reste plus aujourd’hui que 20 Etats qui continuent de reconnaître la République de Chine. Et ce n’est pas leur faire injure que de dire que ce ne sont pas vraiment de grandes puissances.

Dernières défections

Au cours des six derniers mois, deux alliés fidèles ont fait défection et basculé du côté de Pékin : en décembre 2016, Sao Tomé et Principe et le 12 juin 2017, la République de Panama. Il est clair que pour cette dernière, s’accrocher à Taïwan devenait de plus en plus difficile. La RPC était devenue un partenaire économique majeur dont les navires assurent près de 20% du transit sur le canal. Le communiqué du Panama « reconnaît qu’il n’existe qu’une seule Chine [et que] Taïwan forme une partie du territoire chinois. […] Panama rompt aujourd’hui même ses relations diplomatiques » avec Taïwan.

Que reste-t-il désormais dans le réseau diplomatique de Taïwan ? En Afrique, le Swaziland et le Burkina Faso ; en Amérique latine, le Nicaragua, le Paraguay, le Guatemala, le Honduras, la République dominicaine, le Salvador, Belize ; dans les Caraïbes ; Saint-Christophe et Niévès, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-Grenadines, Haïti ; Dans le Pacifique, Les îles Salomon, Tuvalu, Kiribati, les îles Marshall, Nauru, les îles Palaos ; En Europe, l’Etat de la Cité du Vatican.

Taïwan, une démocratie exemplaire dans la région

Précisons néanmoins que Taïwan est un régime démocratique qui a su se libérer en une décennie (1987-1996) des années de dictature du Kuomintang (Guomindang) de Tchang Kaï-chek. Ce pays élit son parlement et son président de la république (1996) au suffrage universel direct. Il protège une très grande liberté d’expression et n’a plus aucun prisonnier politique, une exception dans l’ensemble de la région. En janvier 2016, Tsai Ing-wen a été élue présidente de la république et a posé pour principe de base de tout rapprochement éventuel avec la RPC, le respect par Pékin de la constitution et du système démocratique taïwanais.


[1] Préparé en fait dès 1971, poursuivi en 1973 par l’établissement réciproque d’un bureau de liaison dans chacune des capitales, l’établissement de relations diplomatiques entre les deux pays est annoncé le 16 décembre 1978 par un communiqué conjoint avec prise d’effet effective au 1er janvier 1979.

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