Un Thanksgiving spécial : 1620-2020

Le 11 novembre 1620, après huit semaines de traversée, 102 personnes arrivent en vue du cap Cod, sur les côtes de ce qui deviendra le Massachusetts, près de l’actuel Boston. Le groupe religieux à bord, qui ne constitue que la moitié des passagers, est formé de protestants presbytériens qualifiés de « puritains » par leurs détracteurs anglais. Ils entendaient en effet purifier et simplifier la liturgie et la structure épiscopale de l’église anglicane qu’ils considéraient trop proches de celles de l’Église catholique et être eux-mêmes de mœurs pures. Ces Pilgrim Fathers ou Pères Pèlerins ne sont pas vraiment de joyeux drilles, encore moins des aventuriers : ils fuient simplement une Europe qu’ils jugent intolérante et à leur égard oppressive, celle du principe cujus regio, ejus religio : « le sujet doit avoir la religion de son roi ».

Si la plupart de ces presbytériens, d’obédience calviniste écossaise, ont finalement accepté de rester en Angleterre et de s’intégrer à l’Église anglicane tout en restant à la marge de celle-ci, une minorité a cependant refusé catégoriquement cet accommodement, ce qui les a conduits à être considérés comme des séditieux opposés au roi.

Pour échapper à la persécution, ils s’exilent tout d’abord en Hollande puis décident de partir pour l’Amérique former une nouvelle société avec l’ardent désir d’y vivre selon la Bible dans tous les aspects de leur vie : le religieux, le politique, le social.  Ce qui les conduira eux-mêmes à une certaine intolérance et engendrera assez vite des sécessions chez ceux qui viendront les rejoindre : ainsi naîtront le Connecticut et le Rhode Island voisins.

Ils arrivent en vue du cap Cod le 11 novembre, au plus mauvais moment pour s’installer : le début de l’hiver, particulièrement mordant dans la région. Ils cherchent encore pendant un mois le meilleur endroit pour s’implanter et le trouvent à l’intérieur de la baie, le 8 décembre. Ils y fondent une localité qu’ils appellent Plymouth. A l’arrivée du printemps, la moitié des colons a succombé aux rigueurs de l’hiver. Les survivants sèment les premières graines, notamment de maïs, plante qui leur est inconnue, offertes par les Indiens. La récolte va être abondante et permettra de faire d’importantes réserves pour affronter le second hiver. Dans le même temps, 11 bâtiments sont construits.

Pour ces fervents croyants, leur petite communauté chrétienne est arrivée là par l’effet d’une « œuvre spéciale de la Divine Providence » (« special work of God’s providence ») comme les Hébreux de l’Exode (Premier Testament), selon les mots de William Bradford, théologien qui est à leur tête. Leur Mer Rouge et leur Sinaï fut l’Atlantique, l’Amérique, leur Terre Promise, Canaan. Ils peuvent alors célébrer à l’initiative de Bradford, leur premier Thanksgiving, journée d’actions de grâce, avec une délégation d’Indiens Wampanoag qui occupent cette partie de la baie.

Cette année 2020 est celle du 400e anniversaire de leur arrivée en Amérique et le 399e Thanksgiving. Bon Thanksgiving 2020 à tous les amis américains. Chears.

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