Valise diplomatique

Comme les médias l’ont mentionné ces derniers jours, un groupe de narcotrafiquants a tenté d’utiliser la valise diplomatique de l’ambassade de Russie à Buenos Aires pour convoyer 389 kg de cocaïne en direction de Moscou où un autre groupe devait les récupérer. La drogue était placée dans 16 valises qui auraient fort bien pu bénéficier du sceau « valise diplomatique », encore que les trafiquants, dans leur naïveté, n’aient apparemment pas su qu’une valise diplomatique n’est jamais une valise ! C’est souvent un grand sac de toile (diplomatic bag en anglais), parfois un contenant d’une autre nature selon ce qu’il y a à transporter. Le stratagème, rendu possible grâce à la complicité d’agents travaillant à l’ambassade et d’un policier argentin avait été découvert il y a plus d’un  an, en décembre 2016, par l’ambassadeur qui s’était aperçu de la présence étonnante de ces colis stockés dans une annexe de l’ambassade. Ayant alerté la police argentine, et celle-ci ayant vérifié qu’il s’agissait bien de drogue, celle-ci a été retirée des paquets, remplacée par de la farine et avec des balises pour faciliter leur repérage. Les services russes étaient en effet désireux de laisser l’opération se dérouler ensuite afin de pouvoir intercepter les trafiquants russes à l’aéroport de Moscou, ce qui a pu se faire le 12 décembre 2017.

La convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques stipule que « les colis constituant la valise diplomatique […] ne peuvent contenir que des documents diplomatiques ou des objets à usage officiel » (article 27 § 4). Une restriction d’autant plus nécessaire que le droit diplomatique assure une inviolabilité absolue à celle-ci. L’article 27-4 de la convention de Vienne énonce en effet qu’elle « ne doit être ouverte ni retenue ».

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Ceci est la norme, et le triste destin de la norme est d’être parfois contournée. La valise diplomatique qui circule entre un ministère des affaires étrangères et une ambassade, tellement pratique avec la protection dont elle bénéficie, n’échappe pas toujours à certains abus d’usage. Mais lorsqu’il y a un soupçon en ce domaine, les autorités aéroportuaires et la police peuvent, en présence d’un agent diplomatique de l’ambassade étrangère concernée, demander à ce qu’elle soit ouverte, à titre exceptionnel.

Par exemple, le 5 juillet 1984, une malle marquée du sceau « valise diplomatique » et percée de petits trous a été interceptée à l’aéroport d’Heathrow à Londres lors des formalités d’embarquement. Elle était véhiculée par des diplomates nigérians en poste dans la capitale britannique, afin de conduire dans leur pays un opposant, M. Omaru Dikko, préalablement drogué, dont ils venaient de s’emparer. En 1967, on a vu également une quinzaine de conteneurs à destination de l’ambassade d’URSS à Buenos Aires, placés sur un cargo, porter le sceau valise diplomatique. A leur arrivée sur le Rio de la Plata au port de destination, les autorités argentines n’ayant pu obtenir leur ouverture, ont très logiquement refusé leur débarquement. Retour à l’envoyeur. Mais bon, des cas aussi atypiques ne sont quand même pas le quotidien des ambassades, fort heureusement.

 

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