Au Kremlin, à la tête d’un État-voyou

Au Kremlin, à la tête d’un État-voyou

Combien de temps faudra-t-il encore pour se rendre compte, admettre avec lucidité, ce qu’est psychologiquement Vladimir Poutine et en tirer les conséquences ? Sachons retenir les leçons de notre passé d’Européens.

J’ai souvenir d’un universitaire russe dont je tairais évidemment le nom qui, rentrant relativement effrayé d’un séjour à Moscou en 2014 où il avait rencontré quelques amis hauts placés dans la nomenklatura, m’avait fait part sans me donner de détails, ce qui l’aurait mis en danger, de l’existence d’un plan très élaboré d’agressions de toutes sortes envers l’Occident et l’entourage géographique de la Russie, qui lui faisait craindre le pire. Ce plan, dont on découvre année après année les multiples facettes, il est bel et bien à l’œuvre depuis lors et ne fait que s’accélérer.

Commençons par le signifiant symbolique, qui n’en est pas moins révélateur à savoir le comportement de Vladimir Poutine en matière de protocole, une langue des signes comme je le qualifie souvent, mais qui parle à ceux qui se donnent la peine de les décoder. Ce sont ses retards invraisemblables quand il se déplace à l’étranger pour des rencontres bilatérales avec des chefs d’État ou de gouvernement.

Toujours en matière de protocole, sa distanciation d’un autre âge qu’employaient dans des siècles éloignés les empereurs pour humilier et amoindrir au vrai sens du terme, rendre plus petit le visiteur, ce à quoi Emmanuel Macron a été confronté au cours des dernières semaines lors de ses entretiens avec le dictateur ce qui empêche de se parler les yeux dans les yeux. La déambulation dans les salles du Kremlin, Poutine marchant plusieurs mètres devant le président français, posture tout à fait inamicale. En témoigne encore la mise en scène glaçante de la réunion du conseil de sécurité russe au Kremlin ce lundi 21 février, où Poutine écoutant à 10 mètres de distance de hauts dignitaires qui ont du mal à dissimuler leur peur.

C’est aussi une stratégie éhontée du mensonge et des contre-vérités à propos du risque nucléaire que représenterait l’Ukraine envers la Russie alors que ce pays est totalement dépourvu d’armes de ce type et s’est engagé par voie de traité à n’en pas posséder (accords de Budapest de 1994). Mensonge aussi l’idée que les minorités russophones du Donbass seraient en danger. En particulier l’idée absurde d’un génocide en cours dans cette région de la part de l’Ukraine sur les quatre millions de russophones. Cela n’est pas sans rappeler Hitler dans l’affaire de la minorité allemande des Sudètes en Tchécoslovaquie (ultimatum du 26 septembre 1938 et accords de Munich du 30 septembre), qui fut le signal de départ de la Seconde Guerre mondiale.

C’est une stratégie de temps long (en fait pas si long que cela à la vitesse où elle est déroulée) en vue d’affilier les pays voisins et de reconstituer un glacis de dictatures protectrices autour de la Russie : l’affiliation en 2008 de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud en républiques fantoches après pénétration de l’armée russe sur le territoire d’un État souverain, la Géorgie ; l’annexion pure et simple de la Crimée en 2014, déjà un territoire arraché de force à l’Ukraine ; l’emprise sur la Biélorussie et son dictateur d’un autre âge, devenue un protectorat de fait de la Russie et elle-même un État-voyou ; l’utilisation d’une milice de mercenaires prétendue privée, Wagner, dans le cadre d’actions extérieures, ce qui permet au Kremlin de prétendre qu’il n’a rien à voir avec ses agissements alors qu’elle est dirigée par un des proches de Poutine tout en permettant de ne pas y engager ostensiblement l’armée russe et de dissimuler les pertes éventuelles.

Ajoutons les cyber-agressions répétées sur les démocraties occidentales et une course effrénée aux armements, la réapparition des goulags, les empoisonnements d’opposants sur des territoires étrangers d’États souverains, le mépris des principes de base du droit international public et de la charte des Nations unies, l’atteinte aux traités.

Il nous faut donc réagir avec force à cette invraisemblable batterie de méfaits qui menace non seulement l’Europe, mais le monde. La moindre des choses, les violations de la Charte étant telles, serait de suspendre les droits de vote de la Fédération de Russie au sein de l’ensemble des organes de l’ONU, y compris évidemment au Conseil de sécurité ; de soutenir l’Ukraine, dans le temps court et dans le temps long, par tous les moyens à notre disposition ; Placer la Russie sous embargo intégral ; De la part des États-Unis, interdire à toute société de faire des transactions en dollars avec la Russie ; Réorienter dès maintenant nos approvisionnements en gaz naturel ; réduire drastiquement si ce n’est fermer nos représentations diplomatiques avec application du principe de réciprocité (nous ne pouvons pas garder ouverte telle quelle à Paris ou dans une capitale de l’UE une ambassade quasi-ennemie ; aider au rapatriement de nos entreprises installées en Russie quel qu’en soit le coût économique et social.

N’oublions pas non plus qu’il y a quelques mois, dans sa présentation de sa vision stratégique pour la France à l’horizon 2030, notre chef d’état-major des armées a fait clairement connaître qu’il existait une forte probabilité de survenance d’un conflit armé de grande intensité (avec risque de guerre mondiale) dans les cinq à 10 ans à venir et plutôt cinq que dix et que nous devions nous y préparer.

C’est quand même fou, ne trouvez-vous pas, cette propension qu’ont les plus immenses États, aux dimensions quasi continentales (j’exclus le Canada et l’Australie qui sont, qu’ils me pardonnent, pratiquement vides au regard de leur superficie et je ne désespère pas encore des États-Unis ni de l’Inde), d’avoir toujours besoin de plus d’espace et d’en avoir peur, de se constituer en dictatures, de se surarmer.

 

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