Quelle semaine, quel dimanche !

Poussée par des événements exceptionnels provoqués par un potentat oriental d’un autre temps, l’Union européenne se mue en une vraie puissance internationale assumée.

Il lui fallait un déclic, elle l’a eu ; elle a su l’exploiter et c’est tout à son honneur. Plus que jamais nous pouvons être fiers d’être citoyens de l’Union, chacun dans son pays et par-delà celui-ci, membres de ce grand espace de démocratie politique, économique, sociale, humaniste, essentiel à la sécurité collective.

Nous avons su rester unis durant la longue épopée des négociations sur le Brexit, efficaces et solidaires dans l’accès de la population aux vaccins contre la convid-19 ; il aurait été pour le moins contradictoire et désolant que nous ne le soyons pas pour affronter une situation inédite où la guerre est aux portes des frontières de l’Union et qu’une agression innommable frappe un pays tiers ami. A ceux qui se demandaient jadis avec une certaine ironie qu’elle était le numéro de téléphone de l’Union européenne, maintenant ils l’ont !

Paris. Au détour d’une petite rue du Quartier Latin.

Ces derniers jours, à 27, nous avons été réactifs, rapides, unanimes (voir le bel éditorial, aujourd’hui, de Dominique Giuliani sur le site internet de La Fondation Robert Schuman dont il est président), pour énoncer ce dimanche en fin d‘après-midi, par la voie de la présidente de la Commission Ursula Von der Leyen et celle de Josep Borrell, haut responsable de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, un panel de mesures de représailles envers la Russie qui, en l’isolant, va transformer à terme ce pays en une sorte de Corée du Nord, à moins que son peuple, sa jeunesse, instruits et courageux, ses hommes d’affaires, ses généraux peut-être aussi ne se rebellent contre l’aventurier et ses délires mégalomaniaques. Après tout, le droit international s’appliquant aux conflits armés ne prescrit-il pas aux militaires, jusqu’aux plus hauts gradés, de désobéir à des ordres manifestement illégaux ? Et l’agression internationale – pardon, la double agression : invasion de l’Ukraine et menace d’usage de la force nucléaire – en est l’exemple le plus élevé, susceptible de conduire ses responsables devant un tribunal pénal international.

Il convient de saluer comme il se doit le revirement impressionnant qu’opère l’Allemagne dans ce cadre puisqu’elle décide, à l’issue d’une séance exceptionnelle du Reichstag, de livrer des armes défensive létales à l’Ukraine et de faire passer son budget militaire à 100 milliards d’euros, révisant ainsi totalement la doctrine qui était la sienne depuis 70 ans. Elle a su ne pas faire à V. Poutine le plaisir de ce qu’il attendait d’elle en pensant qu’elle s’en tiendrait à une interprétation classique de sa constitution, à ses intérêts immédiats, à un attentisme prudent et à un non-engagement.

Le Kremlin a de quoi être déçu. Il vient de créer l’Europe puissance tout en continuant à ravager la Russie. Peut-être même vient-il d’enclencher l’adhésion de l’Ukraine à l’Union. Celle-ci en fait la demande insistante depuis le début de ces tragiques événements et Madame Von der Leyen avec plusieurs États membres se disent favorables à cette perspective. Il y a une place à prendre pour revenir à 28 et l’Ukraine est déjà, de cœur, avec nous.

Vladimir Poutine, vieux dinosaure, doit savoir que les citoyens de l’Union, après des siècles de guerres fratricides, ont acquis en 70 ans une culture de la paix en Europe dont ils sont fiers.

 

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