Un sommet pour la démocratie

Le problème, quand on se propose d’organiser un événement diplomatique sélectif fondé sur l’appartenance à un système de valeurs, c’est d’abord de déterminer à quel niveau il conviendra de placer le curseur des invitations, ensuite de fixer et d’annoncer l’objectif que l’on se propose d’atteindre.

Pour cela, la première démarche aurait dû être de définir un ensemble cohérent de critères qui puissent permettre de définir pour les besoins de la cause ce que l’on estime être aujourd’hui une démocratie libérale. Puis d’établir sur la base d’éléments objectifs la liste des pays invités, en s’efforçant de ne pas la pervertir par des considérations de nature stratégique ou commerciale.

En effet, Organiser sur deux journées, les 9 et 10 décembre et en visioconférence (ce qui n’est pas bon du tout pour la visibilité de l’événement), un sommet des États pour la démocratie, exposait le pays organisateur à une redoutable accumulation de risques : 1) définir avec une trop grande souplesse ce qu’est un pays démocratique de nos jours ; 2) que la puissance invitante ne soit pas perçue comme exemplaire dans le domaine du respect des valeurs et pratiques démocratiques ; 3) qu’il y ait au bout du compte un certain nombre d’États invités dont la présence porte atteinte à la crédibilité même de la rencontre parce qu’ils se tiennent aux marges plus ou moins lointaines du cercle des démocraties les plus reconnues, les mieux affirmées ; 4) susciter de multiples réactions négatives d’États se considérant injustement discriminés par l’absence d’invitation ; 5) enfin donner l’occasion à des États totalitaires d’orchestrer des campagnes de contre-propagande.

Tous ces obstacles se sont vérifiés. Après deux décennies d’errements et les quatre années du mandat de Donald Trump, les États-Unis de Joe Biden, puissance invitante, apparaissent comme une fédération relâchée et affaiblie sur le plan démocratique au point de susciter des interrogations sur la pérennité de ses idéaux fondateurs. De son côté, la Chine n’a pas laissé passer l’occasion de se présenter en contre-modèle démocratique, reprenant le vieux refrain léniniste et stalinien de la démocratie réelle (en fait une vraie dictature) contre la supposée démocratie virtuelle des droits de l’homme. De même, ont été invités plusieurs pays dont le fonctionnement démocratique, au-delà de l’apparence institutionnelle, laisse beaucoup à désirer mais qui sont des alliés des États-Unis, tandis que plusieurs autres se sont considérés comme offensés de ne pas être de la fête.

Bref, le combat en faveur de la démocratie et de l’universalité des droits de l’homme, qui doit n’avoir de cesse, méritait mieux que d’apparaître comme la contrainte d’une promesse électorale du président des États-Unis et au surplus comme une réminiscence de l’ancienne politique des blocs.

Les commentaires sont fermés