America First

Ce slogan « America first » a été répété à l’envi par Donald Trump durant la campagne présidentielle américaine de 2016, comme axe annoncé de sa politique étrangère : « America First will be the major and overriding theme of my administration » (L’Amérique d’abord sera le thème majeur et primordial de mon administration). Il ne s’agit pas ici d’assimiler le président Trump à ceux qui ont, au cours du XXe siècle, porté ce slogan. Il n’en reste pas moins que dans l’histoire des Etats-Unis, il est lourd de sens.    

Un slogan aux réminiscences douteuses

Au début de la Seconde Guerre mondiale, Amérique d’abord fut le slogan des activistes partisans de la neutralité des Etats-Unis dont certains n’étaient pas dénués de sentiments pro-allemands. L’America First Committee fut fondé le 4 septembre 1940 avec à sa tête le général Wood. Il eut comme figure de proue l’aviateur Charles Lindbergh. L’objectif du mouvement était de faire pression sur l’opinion publique et le président Roosevelt afin que les Etats Unis s’en tiennent au Neutrality Act voté dès 1935 par le Congrès.  Pendant un peu plus d’une année, America First tînt des meetings pour obtenir que les Etats-Unis ne s’engagent pas aux côtés des démocraties européennes dans la lutte contre les puissances de l’Axe et cessent les livraisons d’armes au Royaume-Uni. Le mouvement parviendra à rassembler sur ces thèmes plusieurs centaines de milliers de partisans.

America First, un mouvement aux affinités pour le moins ambigües

L’America First Committee eut quelque audience parmi les Américains d’origine allemande, mais sans plus. Il a tenté de jouer sur cet aspect sociologique des Etats-Unis sans y parvenir. Il faut se représenter que dans la formation du socle de la population des Etats-Unis au cours des XIXe et du XXe siècles, la souche germanique est extrêmement puissante : 26% des familles américaines sont de souche allemande, 26% britannique et 21% irlandaise (seulement 7% sont de souche française). Les Américains d’origine allemande ne furent qu’une très petite minorité à afficher une connivence avec le régime nazi. Ils combattirent en revanche massivement dans les rangs de l’armée américaine.

De Charles Lindberg aux pro-nazis

Durant les quelques mois d’activité d’America First, Lindbergh que sa visite en Allemagne en 1936 avait fasciné, prononça des discours empreints de racisme et d’antisémitisme. Plusieurs organes de presse américains le qualifieront alors de pronazi, même si l’intéressé ne s’est jamais déclaré comme tel. Il était en tout cas partisan d’une Allemagne puissante « salut de la civilisation occidentale […] pare-chocs tourné vers l’Asie ».

Dans la foulée de l’attaque japonaise sur Pearl Harbour et  de l’entrée en guerre des Etats-Unis en décembre 1941, l’America First Committee décida de se dissoudre. Charles Lindberg rejoint l’armée en 1943 comme conseiller aéronautique et participe même à des missions aériennes dans le Pacifique. La même année, un groupuscule clairement pronazi cette fois, fondé par le pasteur Gerald Smith, reprend le nom d’America First. Sa voix n’a cependant aucune portée dans une nation désormais plongée dans un effort de guerre total.

2016: un slogan de campagne électorale

Le nouveau président des Etats-Unis n’est donc pas l’inventeur de la formule. Il ne peut non plus être assimilé à l’extrême droite américaine. Il est Donald Trump. Il aurait pu cependant, dans ses discours de campagne, démarquer  plus clairement ce slogan de ses sombres origines historiques.

 

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