Cuba et les Etats-Unis. Période 3

Où l’on s’aperçoit qu’il n’est pas si facile d’apaiser plus d’un demi-siècle de tensions émaillé de pics de crise comme le débarquement avorté de la Baie des Cochons, la crise des missiles soviétiques, le prosélytisme révolutionnaire castro-guévarien.

1977, Une première tentative de normalisation

Déjà en 1977, sous la présidence de Jimmy Carter, une tentative de normalisation des relations américano-cubaines avait eu lieu. Ce n’était pas un rétablissement complet des relations diplomatiques mais tout de même l’ouverture de postes diplomatiques dirigés par des chargés d’affaires. Cela n’avait toutefois pas conduit au retrait de leur embargo par les Etats-Unis, ni à ce que Cuba renonça à son affiliation idéologique à l’Union soviétique et à son interventionnisme révolutionnaire qui s’est étendu à l’Afrique. La persistance du climat de tension entre les deux pays n’avait pas permis à cette embellie de prospérer.

2014, les planètes se mettent en ligne

Mais voilà que Cuba, au cours des dernières années, s’est légèrement libéralisé… très légèrement, n’exagérons pas ! que la république, forte de ses compétences reconnues en médecine tropicale, s’est investie puissamment dans la lutte contre l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest, aux côté notamment des Etats-Unis ; que l’opinion américaine s’est lassée d’une situation de sanctions qui n’ont entraîné en un demi-siècle aucun progrès réel de l’île vers la démocratie ; et que pour finir, le pape François a écrit au cours de l’été 2014 aux deux présidents pour leur demander de mettre fin à leur désaccord et de renouer officiellement des relations. Le Saint-Siège possède une expertise incomparable dans ce type de mission de bons offices qui s’est également traduite par la réception, au palais apostolique, de délégations des deux pays en octobre 2014.

Cuba. Photo Eric Vernier. Flag colours. 2004. Flickr-photopin

2014, le rétablissement des relations diplomatiques

Les Etats-Unis et Cuba ont ainsi annoncé simultanément, le 17 décembre 2014, qu’ils travaillaient au rétablissement prochain de leurs relations diplomatiques, ce qui a signifié concrètement, de prime abord, leur volonté de réouverture des ambassades. Un accord qui est déjà, en soi, un traité de bon voisinage avec à la clé un assouplissement de l’embargo.

Une bonne nouvelle qui s’est depuis lors inscrite dans les faits. Le rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays est devenu officiel et effectif  le 20 juillet 2015, tandis que la réouverture de l’ambassade des Etats-Unis à La Havane est intervenue le 14 août de la même année. Le Secrétaire d’Etat, John Kerry en personne y a procédé avant que le président Obama lui-même ne fasse une visite officielle à Cuba. Pour la cérémonie de réouverture du poste diplomatique des Etats-Unis au cours de laquelle la bannière étoilée a été hissée sur son mat, outre 500 invités, John Kerry s’était fait accompagner fort symboliquement des trois Marines qui avaient amené le drapeau lors de la fermeture du poste en janvier 1961. En bon parallélisme des formes, l’ambassade de Cuba à Washington a été rouverte le 20 juillet. Le président Obama a effectué ensuite une visite officielle à Cuba les 20 et 21 mars 2016.

2017, L’executive order de Donald Trump

Le président Trump avait annoncé lors de la campagne des élections présidentielles qu’il serait beaucoup moins conciliant que son prédécesseur envers le régime cubain. La concrétisation de ses menaces est venue avec l’executive order du 16 juin. Lors de sa présentation, il a évoqué le « caractère brutal » du régime de Raoul Castro qui profite à sens unique du dégel des relations avec les Etats-Unis, notamment grâce au développement du tourisme qui sert à financer l’armée cubaine, propriétaire de la plupart des hôtels et supermarchés de La Havane derrière l’écran de la société d’Etat GAESA.

Une remise en cause partielle

Au demeurant, cette réaction n’est pas si violente qu’on veut bien le dire. Elle est même assez raisonnée et… compréhensible, car du strict point de vue des Etats-Unis, l’accord passé par Barak Obama et Raoul Castro reposait sur un pari du président américain en faveur d’une libéralisation rapide du régime. En fait, il s’est avéré être à sens unique, tout en faveur de la république cubaine.

L’executive order du 16 juin ne revient pas sur le rétablissement des relations diplomatiques, élément majeur de l’accord de 1914 ; quant à l’embargo, il n’avait jamais été levé, il était simplement assoupli. Le président Obama n’avait pas de majorité au Congrès pour obtenir sa révocation, au cours de son second mandat.

Ce qui est surtout établi par Donald Trump, c’est l’application stricte d’une obligation déjà existante mais assouplie par son prédécesseur : celle faite aux citoyens américains de déclarer et justifier tout déplacement à Cuba et de pouvoir n’y faire qu’une visite par an, accompagnés d’un guide. Il entend clairement ainsi s’attaquer aux ressources générées par le tourisme. Si ce n’est cet aspect, certes contraignant, ni les agences de tourisme ni les compagnies aériennes ne se voient contraintes d’interrompre leurs relations avec l’île.

Et l’avenir ?

Pour le reste, Donald Trump dit vouloir négocier un nouvel accord, plus équilibré, avec Cuba, avec l’objectif d’une démocratisation de l’île. Voilà qui est bien hypothétique. A suivre donc, mais avec patience.

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