Paris-Rome. La rupture !

Enfin, Nous y voilà !

La France rappelle ce jeudi 7 février son ambassadeur à Rome.

Il s’agit d’une mesure assez classique en droit diplomatique qui caractérise un état de vive tension dans les relations entre deux Etats. Le rappel de l’ambassadeur « en consultation » ou « pour consultation » (en fait ce n’est pas du tout pour le consulter !) est une façon de montrer son mécontentement quand il ne suffit plus de « faire des représentations » à la partie adverse. Elle distend, au moins temporairement, les relations diplomatiques avec l’Etat accréditaire et évite de recourir à la rupture pure et simple des relations diplomatiques, aux effets très lourds. C’est néanmoins une forme de mini-rupture. L’ambassade est laissée aux mains d’un chargé d’affaires ad interim, en général le n°2 dans la hiérarchie du poste. Et cela peut durer des mois.

A titre d’exemple récent, le 21 octobre 2017, le Maroc avait rappelé en consultation son ambassadeur à Alger pour s’élever contre les propos tenus par le ministre des Affaires étrangères d’Algérie accusant le Maroc de blanchir l’argent du trafic de Haschich en Afrique ». Pas vraiment gentil.

Le Palais Farnèse, ambassade de France à Rome

Vis-à-vis de l’Italie, c’était dans un premier temps un état d’esprit louable de se dire que nous n’allions pas nous laisser entraîner dans le jeu des provocations. On pouvait se dire qu’après tout, elles venaient après des paroles pas très aimables du président Macron envers le gouvernement italien lorsqu’il fut formé à l’issue des élections législatives de 2018. Nous étions nous aussi dans l’ingérence. Et en diplomatie, l’ingérence est un boomerang. Entre-temps, nous étions passés à autre chose, laissant là l’Italie et laissant parler.

Mais il y a un niveau d’offense qui contraint à réagir autrement qu’en affichant un air de ne pas entendre. Et au cours des derniers jours, il a été atteint par Luigi Di Mayo (Mouvement 5 étoiles), vice-premier ministre de son état. Se sentant politiquement dépassé en Italie par son allié et également vice-premier ministre Matteo Salvini (Ligue du Nord), infiniment plus politique au bon sens du terme, il a senti qu’il lui fallait faire des coups pour exister. Confronté à la dure réalité de l’exercice du pouvoir en coalition et sentant que les promesses faites au peuple italien seraient difficiles à tenir, rien de mieux qu’un bouc émissaire.

Alors, après avoir titillé un peu l’Allemagne, pourquoi pas la France ?  Et de nous accuser d’appauvrir l’Afrique, et d’en appeler au peuple français pour qu’il rejette son président, et de venir jusque dans la capitale hier 6 février rencontrer de prétendus « Gilets jaunes » en en appelant au changement de gouvernement en France. Ce ne sont pas seulement des ingérences dans nos affaires intérieures, ce sont des ingérences injurieuses.

Il fallait donc bien en arriver à un acte fort : rappeler notre ambassadeur à Rome. Au sein de l’Union européenne, ce n’est pas rien. Justifiant cette décision, le Quai d’Orsay  a déclaré par sa porte-parole que la France n’avait pas subi de telles attaques de la part de l’Italie depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Peut-être une façon de dire, depuis… Mussolini ? Mais aujourd’hui nous sommes dans une autre histoire, nous appartenons à une Union, une foule innombrable de choses nous lient. Et il y a aussi des gens raisonnables à Rome : le président Sergio Mattarella, le Premier ministre Giuseppe Conte institutionnellement en charge des relations extérieures, et peut-être Matteo Salvini lui-même qui, du coup, paraît être beaucoup plus ouvert et mesuré que Luigi di Maio. La France et l’Italie se fréquentent avec assiduité depuis plus de deux millénaires. Il y a des moments où il faut se fâcher, mais il est difficile d’envisager que les choses aillent plus loin. Parlons-nous. Fratelli d’Italia, la Francia sarà sempre vicina.

Jean-Paul Pancracio

 

 

 

 

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