Qatar Charity et la France

Cette ONG qatari est présente sur le territoire français où elle apporte un soutien aux institutions du culte musulman. Faut-il y voir nécessairement un danger ? Certainement pas. Qu’il nous soit permis ici, en particulier, de nous inscrire en opposition à ce qu’affirment Christian Chesnot et Georges Malbrunot dans leur ouvrage polémique Qatar’s Papers.[1]

D’abord, si elle participe au financement de certaines mosquées sur notre territoire, c’est jusqu’à présent dans le cadre du respect scrupuleux des lois de la République. Que cela se fasse dans la discrétion est assez normal. Ce n’est pas pour autant que cela échappe à la connaissance des autorités d’État françaises. Ces établissements cultuels sont en même temps destinés à être couplés avec un centre culturel orienté comme centre de rencontres inter-religieuses. L’Émir s’est d’ailleurs engagé à ce que les fonds privés qataris à vocation religieuse respectent les lois et valeurs de la République.

Construction d’une mosquée

Ensuite, Charity Qatar, si elle est juridiquement indépendante de l’État du Qatar, elle en est quand même nécessairement proche. Ne serait-ce que parce que, politiquement, ce dernier ne peut pas se permettre d’ignorer les actions qu’elle mène à l’étranger et qui pourraient le cas échéant nuire à ses relations bilatérales avec les autres États. Spécialement ceux dans lesquels, comme la France, l’émirat a un statut d’investisseur reconnu et accepté quand ce n’est pas sollicité, notamment par le biais de son fonds souverain.

Enfin, il est bon de répéter ici que Qatar Charity n’a, de près ou de loin, aucun lien avec le terrorisme islamiste. Bien au contraire. Ce n’est en rien l’orientation de ses actions et ce n’est en rien la finalité des fonds qu’elle accorde aux mosquées et à leurs centres culturels. Rappelons que dans le Golfe, le sunnisme qatari est un pont entre l’islam sunnite et l’islam chiite et à ce titre un facteur de paix essentiel. Le Qatar n’a pas du tout les mêmes obsessions anti-chiites et anti-iraniennes que l’Arabie saoudite. On ne peut pas extrapoler du respect d’une certaine tradition – le port du voile par exemple pour les femmes – à une identification de salafisme ou d’islamisme radical. Quand bien même cette tradition aurait sa source dans le wahhabisme, il s’agit en l’occurrence d’un wahhabisme non extrémiste qui a ouvert ses portes sur la société contemporaine.

Pour affronter les défis que nous oppose déjà le XXIe siècle, nous aurons dans un avenir proche, qui relève sans doute déjà du présent, un besoin essentiel de compréhension et de respect fraternel entre chrétiens, musulmans et juifs. C’est en cela aussi que l’Europe retrouvera son génie particulier. Il faudra avant tout savoir se débarrasser des postures de défiance et reconnaître l’existence d’un islam de France.

[1] Christian Chesnot et Georges Malbrunot, Qatar’s Papers. Comment l’émirat finance l’islam de France et d’Europe, Paris, Michel Lafon, 2019, 284 p.

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