Second Gentleman

Avec l’élection de Mme Kamala Harris à la vice-présidence des États-Unis, une nouvelle appellation protocolaire est née : celle de Second Gentleman of the United States ainsi que l’anagramme SGOTUS, officiellement adopté désormais. Jusqu’à présent il n’y avait eu que des Second Ladies, la dernière en date fut Karen Pence, épouse du vice-président sortant ; quant à la précédente, Jill Biden, la voici désormais First Lady.

C’est l’avantage de l’anglais sur le français : il a conservé en « gentleman » ce joli mot français de gentilhomme qui voulait dire non pas « gentil » mais « de race noble » dans tous les sens du terme : de titre, de cœur et de caractère, comme lorsque Jeanne d’Arc parlait du « gentil dauphin » (le futur Charles VII) pour lequel elle guerroyait contre l’Anglois. C’est la raison pour laquelle j’ai toujours été hostile à ce que l’on appelle l’épouse du président de la République « Première dame de France » à l’instar de la First Lady des États-Unis. D’abord, cette appellation n’a jamais été dans les usages de la République. Ensuite, lorsque nous aurons une présidente de la République, si elle est mariée, nous serons bien en peine de trouver à son compagnon, en parallèle, une appellation correspondante : « premier mari », « premier homme » de France ? Ridicule ! A moins de faire redevenir d’actualité « gentilhomme », ce qui ferait quand même un peu rétro, non ? Et même, dirais-je, un peu monarchique, encore qu’à l’Elysée… !

L’époux de Kamala, Doug Emhoff (56 ans), devient donc le premier SGOTUS. Avocat à Los Angeles (mais né à New York), il a décidé, dès le début de la campagne électorale fin août, de suspendre son activité. Il entend ainsi éviter tout conflit d’intérêts avec celles de son épouse, mais aussi se consacrer pleinement à promouvoir la carrière de celle-ci car on peut présumer que ses fonctions de vice-présidente ne seront pas cantonnées à un rôle symbolique. Si certains vice-présidents ont été relativement effacés dans le passé, étant surtout – elected together – des partenaires électoraux du candidat à la présidence (il est vrai que la constitution ne leur confère aucune fonction si ce n’est une présidence assez symbolique du Sénat), c’est au contraire un engagement politique dynamique qui attend Kamala Harris aux côtés de Joe Biden.

En premier lieu parce qu’elle va être un lien essentiel entre la Maison Blanche et le Sénat avec voix prépondérante en qualité de présidente dans un contexte, au moins pour deux ans, de parité entre démocrates et républicains ; ensuite parce qu’elle a assumé dès la campagne des présidentielles une posture d’héritière plus que potentielle de Joe Biden à l’issue du présent mandat ; enfin tout simplement parce qu’elle n’est pas là pour faire de la figuration : ce serait un très mauvais signal adressé au corps électoral et à la société américaine toute entière que la première femme vice-présidente soit politiquement… confinée ! Ce n’est d’ailleurs pas sa nature et l’ampleur de la tâche qui attend la nouvelle Administration lui offre bien des opportunités de partager les premiers rôles. Elle pourra compter en cela sur Doug Emhoff, son époux, spécialiste du droit des médias, et premier SGOTUS de l’histoire des États-Unis qui, avec modestie, ne prétend pas être son conseiller mais est prêt à prendre en charge par exemple sa communication, comme il l’a fait activement durant la campagne[1].

 

[1] Voir https://www.whitehouse.gov/administration/douglas-emhoff/ ainsi que le compte officiel de Douglas Emhoff sur Twitter : @SecondGentleman : https://twitter.com/SecondGentleman. Voir également les articles de Stéphanie Le Bars, « Un Second Gentleman discret et inédit pour les Américains », Le Monde, 22 janvier 2021, p. 6 et Cyril Julien, « Doug Ehmoff, mari de Kamala Harris et premier Second gentleman », La Presse (Canada), 24 janvier 2021.

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