Sylvie Bermann, première ambassadrice dignitaire

Le décret est paru au journal Officiel ce jeudi 20 juin à la suite de la décision prise la veille en Conseil des ministres. Elle est ainsi la première femme à accéder à la dignité d’Etat d’ambassadeur de France. Il convient donc d’adapter désormais le vocabulaire en parlant de Madame l’Ambassadrice de France et puisque la dignité se transmet au conjoint, tout comme celle de Maréchal de France ou d’Amiral de France, dans l’hypothèse où elle serait mariée, celui-ci aurait droit à l’appellation de « Monsieur l’Ambassadeur de France »[1].

Nous avions anticipé dans notre Dictionnaire de la diplomatie paru en mars la possibilité quasi certaine et proche qu’une femme soit bientôt élevée à cette dignité et l’évolution du vocabulaire que cela devrait entraîner bien naturellement. C’est ce que confirme la lecture du décret (JORF n° 0141 du 20 juin 2019, texte 53) :

« Article 1 : Mme Sylvie BERMANN, ministre plénipotentiaire hors classe, est élevée à la dignité d’ambassadrice de France. »

Précisons en second lieu que s’agissant d’une dignité républicaine, on n’y est pas nommé mais élevé, car on est dignitaire à vie alors que la nomination d’un fonctionnaire pour tel ou tel poste, ainsi que l’usage du titre qui lui est associé, n’ont d’effet que pour sa période d’activité.

Plusieurs prérogatives s’attachent à cette dignité républicaine :

Le ou la bénéficiaire y est élevé à vie ;

Il ou elle bénéficie de l’appellation d’ambassadeur ou d’ambassadrice de France, là encore à vie ;

Il conserve à la retraite le bénéfice d’un accès aux services du Quai d’Orsay et de l’aide d’un secrétariat en tant que de besoin ;

Il ou elle bénéficie d’une prime d’environ 500 euros par mois à vie.

Madame Bermann a occupé précédemment en qualité d’ambassadrice des postes comptant parmi les plus importants du réseau diplomatique de la France : Pékin (2011-2014), Londres (2014-2017). Elle est actuellement, depuis 2017, ambassadrice à Moscou (Photo ci-contre, ambassade de France à Moscou. Crédits Photopin)

Enfin, comme nous l’avons mentionné ici dans la rubrique « ambassadeurs écrivains », elle a publié en 2017 aux éditions Stock, un excellent ouvrage sur les années qu’elle a passées en Chine dans plusieurs postes différents, pays dont elle est une grande spécialiste : La Chine en eaux profondes.

Voilà une élévation amplement méritée à la dignité. Félicitations à Madame l’Ambassadrice de France.

A titre de rappel, la première femme à avoir passé et réussi le Grand Concours d’entrée au Quai d’Orsay fut Suzanne Borel en 1930 (voir l’article qui lui est consacré ici même) qui sera également la première à accéder au grade de ministre plénipotentiaire (sans toutefois exercer de fonctions d’ambassadrice auxquelles l’accès à ce grade donne en principe vocation puisqu’elle y accède lors de son départ à la retraite); la première femme à avoir été nommée ambassadrice fut Marcelle Campana en 1972 (au Panama); la première femme à avoir occupé les fonctions prestigieuses de directeur des Affaires Politiques au Quai d’Orsay fut Madame Joëlle Timsit en 1991-1992. La première femme à avoir été nommée ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire de la République française dans un pays membre permanent du Conseil de Sécurité fut… Madame Sylvie Bermann (Chine, 2011).

[1] C’est la raison pour laquelle on appelait les épouses de maréchaux de France, « madame la Maréchale », comme la Maréchale Leclerc, (décédée en 1996) ou la maréchale de Lattre de Tassigny, la dernière d’entre elles, décédée en 2003.

 

Les commentaires sont fermés